Pegase : l’interview à chaud post-Rock en Seine

Pegase à Rock en Seine 2014 (CC : Nicolas Joubard)
Pegase à Rock en Seine 2014 (CC : Nicolas Joubard)

Pegase est l’une des dernières révélations de la scène dream-pop française. Le projet de Raphaël d’Hervez, de son vrai nom, s’articule autour d’une envie cathartique, et de légèreté. Les douces mélodies de ce Nantais, d’abord bidouillées sur un ordinateur, ont fait l’objet d’un premier album prometteur, éponyme, sorti début 2014. Il a même été récompensé du prix des pros, lors de notre Prix Adami-Deezer de Talents.
Pegase a joué pour la première fois à Rock en Seine cette année, pour un show énergique et plein d’enthousiasme. Nous avons pu discuter avec lui quelques heures après, encore électrisé par ce moment. L’occasion de parler de son deuxième album.

Alors, comment s’est passé ce concert ?

Super ! C’était un très bon moment !

Il y avait une très bonne énergie, aussi bien du côté de ton groupe que des festivaliers.

Oui, j’étais super étonné, parce que c’est jamais facile de jouer tôt, à 17h. En plus, je ne sais pas pourquoi, mais j’étais persuadé que le festival avait commencé jeudi [rires]. Je n’ai appris qu’en arrivant que ça commençait aujourd’hui. Du coup, j’ai flippé qu’il n’y ait pas grand monde. Les gens sont plus détendus à 22-23h, après quelques bières et des concerts. Mais finalement c’était blindé, et les gens étaient super réceptifs. J’avais fait un DJ set il y a quelques années, mais là c’était mon premier live sur scène.

“J’étais persuadé que Rock en Seine commençait jeudi!” – Pegase

Tu te sentais comment quand tu as appris que tu allais jouer ici ?

J’étais ravi ! On fonctionne à l’envie et au plaisir. Je n’étais pas stressé, j’avais hâte. Mais c’est vrai qu’on est habitué à jouer dans les clubs, où on peut prendre le temps de checker le son, alors que dans les festivals, ça va à toute allure. On a eu un petit problème sur les claviers, et notre claviériste est le plus stressé de nature, donc je l’ai rassuré. Après quelques morceaux, ça allait beaucoup mieux. Je crois que je ne l’ai jamais vu aussi heureux [rires] !

En quoi l’expérience de festival est différente ?

Normalement j’ai un jeu de lumières très travaillé, mais là, jouer en plein jour te donne l’impression d’être nu. Pour beaucoup de gens, ça peut avoir un côté impersonnel de jouer à cette heure, mais au final, tu reconnais des gens dans le public, certains te font coucou donc tu leur réponds, il y en a qui te font rire… A un moment, je me suis fait complètement avoir. Les gens étaient à fond, donc je me mets à taper dans les mains en même temps qu’eux. Et d’un seul coup, j’entends un blanc dans le morceau : un sample de clavier n’était pas parti, parce que j’étais censé le lancer [rires] ! Là, tu te rends compte que tu t’es laissé emporter par le public.

“Jouer en plein jour te donne l’impression d’être nu.” – Pegase

Ta musique est très aérienne, elle a aussi un aspect mélancolique. Est-ce que tu avais peur de ne pas réussir à créer une bulle avec le public ?

Je pense qu’il y a une fausse image sur le projet, parce qu’il est personnel et aérien. On pense que c’est intimiste, et ne correspond qu’aux petites salles. Mais plus on joue sur des grandes scènes, plus notre son est fort, et plus on entend les détails dans la production. J’ai été énormément influencé par tous ces groupes de stade qui jouaient du rock lent dans les années 70. J’adore jouer dans les petites salles, mais sur les grosses scènes, il se passe quelque chose avec le public. En festival, on voit les gens danser, ce qui n’est pas forcément le cas dans les petites salles, parce que les gens sont “hypnotisés”.

Du coup, ça ouvre des nouvelles perspectives pour le projet ?

Oui, et ça m’influence. J’ai énormément de plaisir à jouer sur les grosses scènes et les festivals. J’ai passé pas mal de temps, récemment, à travailler sur mon deuxième album. Je voulais que le premier soit très personnel et intimiste. Je pense que le deuxième sera un éveil. Je n’ai pas envie de refaire la même chose. C’est la suite de l’aventure. Quand je suis sur des grosses scènes, je m’imagine les nouveaux morceaux et je me dis qu’ils seront vraiment dingues. On se dit qu’on y a notre place, et on y prend goût. Certaines personnes peuvent avoir des grosses ambitions, mais quand je compose, je fais de la musique pour moi. Mais effectivement, ça ouvre des perspectives.

Tu voudrais aller vers des sons plus énergiques, plus euphoriques ?

J’ai quasiment terminé mon deuxième album, qui ne sortira pas avant un moment. Le fil conducteur est de faire mieux. Mais ça va plus loin, il y a plus de folie. Il a une espèce d’unité dans mon premier album, ce sera le cas pour le deuxième. Je me permets plus de choses, parce que je me suis vraiment mis à nu sur le premier. Je peux vraiment me faire plaisir, c’est la suite de l’envol. Il y aura des morceaux plus lourds, plus puissants, plus dansants. Mais il y aura aussi des morceaux encore plus minimalistes, avec juste une voix et une guitare. Je n’ai plus peur.

“J’ai fait ce deuxième album presque comme si c’était le dernier, il sera plus décomplexé.” – Pegase

De quoi n’as-tu plus peur ?

Je me suis livré sur le premier album. J’ai l’impression d’avoir fait connaissance avec mon public. Malgré moi, j’ai cet exemple de la culture anglaise du premier album : il y a beaucoup de premiers albums dans le Top 50 anglais, et c’est super dur de durer. J’ai fait ce deuxième album presque comme si c’était le dernier, il sera plus décomplexé. J’ai déjà vécu des choses extraordinaires, j’espère que ça continuera et qu’un jour on jouera plus tard à Rock en Seine.

Est-ce que ce deuxième album a été difficile à enregistrer ?

Le premier a été long à enregistrer, parce que je voulais prendre mon temps, mais pas difficile. Je ne m’étais rien fixé pour le deuxième, mais c’est allé assez vite. Pendant 4 ans, j’avais beaucoup composé, donc je suis parti de là. J’adore laisser vieillir des chansons, et y revenir ensuite.

Es-tu le genre d’artiste qui arrive facilement à laisser partir son album, une fois qu’il est sorti ?

C’est super personnel. Là, on fait une interview, on discute, mais les choses les plus profondes et les plus importantes sur moi sont dans ma musique. Une fois que l’album est sorti, tu peux voir la place que ça peut prendre dans la vie de certaines personnes. Il ne t’appartient pas plus qu’aux auditeurs.

“Les choses les plus profondes et les plus importantes sur moi sont dans ma musique.” – Pegase

Que voulais-tu que les gens sachent de toi ?

Je n’ai pas du tout pensé aux gens. Ca va paraître égocentrique, mais c’est d’abord pour moi. Je mets des choses de moi-mêmes dedans, si ça ne plaît pas, tant pis. Si ça plaît à 20 ou 30.000 personnes, tant mieux. Je ne pense pas aux radios ou au live. Je fais le vide, je ne pense à rien. Je ne me mets pas du tout de pression. C’est un projet solo. Je ferai 2 ou 20 albums, je ne sais pas. Ce n’est pas un projet qui a l’ambition d’avoir un style particulier, ou d’être à la mode. J’essaie de faire quelque chose qui soit un peu perdu dans le temps. Sincère.

Tu as remporté le Prix des pros lors de l’édition 2014 du Prix Adami-Deezer de Talents. Qu’est-ce que ça t’a apporté ?

Les 10 artistes sélectionnés était super, il y a des gens que j’aime beaucoup parmi ceux qui n’ont pas gagné. En tout cas, ça m’a fait super plaisir. Je ne m’attendais pas à gagner un prix un jour. Je suis un énorme fan de cinéma, et j’ai eu l’impression de recevoir un Oscar [rires]. D’autant que ça vient des pros, qui sont des gens très pointus, et voient passer plein de projets. C’est cool, ça veut dire qu’il il y a des gens importants qui croient en moi.

Quelle est la suite pour toi, si ton nouvel album ne sort pas tout de suite ?

On continue la tournée à l’automne. La petite différence, c’est qu’on va commencer à jouer les nouvelles chansons. Ce sera un pas vers la suite. Les premières fois où tu joues un morceau sont toujours hyper intenses. Tu n’es pas du tout à l’aise, comparé aux morceaux joués 50 ou 60 fois, où le degré de perfection est cool. Il y a un stress fou, mais ça rend la prestation ultra sincère. Ca va être chouette, j’ai hâte.

(Ré)écoutez Pegase sur Deezer :

Aṣa : “Je me suis vraiment mise à nu dans cet album.”

Aṣa lors de sa Deezer Session
Aṣa lors de sa Deezer Session

Aṣa captive le monde depuis son premier album, éponyme, sorti en 2007. Grâce à sa voix rauque, chaude, pleine de vie(s), elle porte aussi bien les couleurs de Paris, où elle est née, que du Nigéria, où elle a grandi. Entre soul, funk et rock, elle a bâti un univers envoûtant. Elle revient avec un troisième album studio, Bed of Stone, qu’elle a vécu comme un dépassement d’elle-même. Après nous avoir offert une Deezer Session intense, elle nous le raconte en interview.

Les artistes disent souvent que le troisième album est un challenge encore plus gros que les précédents. Est-ce que ça a été le cas pour toi ?

Tout à fait ! C’était un très gros challenge. Cet album a été dur à enregistrer, mais j’en suis très contente.

“Dead Again” est le premier single extrait de Bed of Stone. C’est une chanson très puissante, pleine d’amertume, qui parle du fait de laisser partir quelqu’un qui t’a fait du mal. Quelle est son histoire ?

J’étais en colère lorsque j’ai écrit cette chanson. Je venais d’être trahie par quelqu’un de très proche. Je suis arrivée à Hastings où je devais retrouver Blair [MacKichan, musicien qui a co-signé des tubes de Sia, Paloma Faith, Lily Allen et Olly Murs, ndr] pour la première fois, pour écrire. En fait, nous avons écrit la chanson en 2 heures à peine, après mon arrivée. Je l’ai enregistrée avec beaucoup de colère dans la voix, et n’ai pas été capable de l’enregistrer à nouveau. La version de ce morceau est en fait une démo. C’était impossible de la refaire avec autant de colère et de ressentiment. Je l’ai choisie comme premier single parce qu’elle a l’humeur et l’émotion tel que je l’ai voulu au moment de l’enregistrer.

“J’ai même pensé arrêter la musique, aller à l’université étudier la littérature.”

Ton album semble beaucoup parler du fait de se débarrasser des ondes négatives qui peuvent t’entourer (“Satan Be Gone”, “Dead Again”, “Moving On”). Est-ce que tu as dû passer par là pendant l’enregistrement de l’album ?

Absolument ! C’était dur, et avec beaucoup d’émotions. J’ai enregistré cet album deux fois. J’ai même pensé arrêter la musique, aller à l’université étudier la littérature… Je me suis même inscrite à Kings College, à Londres.

A quoi/qui penses-tu quand tu chantes “Satan Be Gone” ?

“Satan Be Gone” a été écrite lors du second enregistrement, pour m’exorciser ! Suite à tous les tourments que j’ai eus pendant le premier enregistrement.

Quand tu chantes “it’s not too late to be grateful” ["il n'est pas trop tard pour être reconnaissant"] dans “Grateful”, à quoi fais-tu référence ?

Quand on traverse des épreuves, on oublie parfois d’être reconnaissant pour ce que nous avons, et qui nous sommes. Il faut garder à l’esprit que la plupart des gens n’ont pas autant de chance, mais n’en apprécient pas moins la vie. Je me sens très fautive, je me plains constamment, sur mon apparence ou ma façon d’être. Je vois la vie, et moi aussi, d’une autre façon maintenant, et je suis reconnaissante de pouvoir être et faire ce que j’aime.

“J’ai beaucoup grandi, et je ne me prends pas trop au sérieux. J’apprends à vivre.”

Bed of Stone semble être “l’album de la maturité” pour toi. Le communiqué de presse te mentionne, disant “j’ai grandi”. En quoi la nouvelle Asa est différente de l’ancienne ?

J’ai beaucoup grandi, et je ne me prends pas trop au sérieux. J’apprends à vivre. J’ai précisé que j’ai appris à nager, à faire du skate.. ce sont des choses que l’on apprend normalement en tant qu’enfant, mais ça a été une autre histoire pour moi, je n’ai pas eu d’enfance, je ne pouvais pas être une petite fille. Pas de petits copains, on m’a élevée très tôt pour être une femme, j’ai été préparée à être une épouse, pas une enfant ou une adolescente. Je cuisinais pour ma famille avant même mes 10 ans, j’étais dans un pensionnat à 12 ans et j’ai pris soin de mes grands-parents dès mes 16 ans. Maintenant, je vis.

Tu as écrit ton album en voyageant. Où as-tu trouvé l’inspiration ?

Je suis partie comme ça, sans réfléchir, et j’ai écrit au fil des voyages. La meilleure étape a été Nashville. J’ai rencontré des gens, me suis fait des nouveaux amis, et j’ai écrit avec eux. J’ai aussi fait des longs voyages en voiture seule. Je me suis inspirée de mes expériences en tournée, mes déceptions, ma vie amoureuse, la nostalgie… Je me suis vraiment mise à nu dans cet album.

“J’ai grandi vocalement, et je n’ai pas peur de montrer ma vulnérabilité.”

De quelle manière ta patte musicale a-t-elle évolué, selon toi ?

J’ai grandi vocalement, et je n’ai pas peur de montrer ma vulnérabilité.

Beaucoup de gens présentent ton premier album comme un classique. Qu’est-ce que ça te fait ?

Je suis très honorée ! #jesuisunefillechanceuse (Tout le monde parle en hashtag maintenant). C’est vraiment génial.

Tu as beaucoup chanté sur le fait de trouver le vrai amour. Est-ce que tu le cherches toujours ?

C’est très important de trouver son âme soeur ! Ma mère ne l’a pas trouvé et je sais à quel point ça a pu l’affecter. Je le veux !

Sur Twitter, tu parles beaucoup des écolières nigérianes qui ont été kidnappées. Quel est ton rôle en tant qu’artiste dans cette affaire ?

J’ai été une de ces filles, mon pensionnat se trouvait à trois heures du leur. Ca aurait pu être moi ! J’aurais pu facilement me faire kidnapper et je n’en serais pas là aujourd’hui. Ces filles ont été brisées. J’essaie juste, à mon échelle, de faire en sorte qu’on continue à parler d’elles. Pour qu’on ne les oublie pas.

(Ré)écoutez Bed of Stone sur Deezer :

Mac DeMarco : l’interview-vérité

Mac DeMarco à Rock en Seine 2014 (CC : Nicolas Joubard)
Mac DeMarco à Rock en Seine 2014 (CC : Nicolas Joubard)

Mac DeMarco a réussi en 3 albums à devenir une figure incontournable de la scène indie rock anglophone, et c’est bien pour ça qu’on le retrouve cette année à Rock en Seine. Originaire de Montréal, mais exilé à New-York depuis peu pour se rapprocher de son label, le Canadien a signé cet année Salad Days, son album le plus personnel. Est-ce parce qu’il l’a enregistré seul dans la minuscule chambre où il vit avec sa petite amie, à Brooklyn ? Sans doute un peu.

Mais si Mac est un solitaire dans son studio de fortune, il montre une toute autre facette sur scène, entouré de ses amis : imprévisible, capable de se jeter dans la foule tout comme de frotter son micro sur ses parties intimes. Mais en interview, il n’est pas question pour lui de jouer le clown rock. Alors que l’on s’assoie à une table du Village Artistes de Rock en Seine, il nous demande de patienter un peu, le temps qu’il aille se chercher un café. Il est bientôt 20h, mais les cernes sous ses yeux en disent long sur l’été qu’il a passé. Malgré sa fatigue, le chanteur parle avec franchise de sa vision du métier. Sans filtre.

Tu te sens fatigué ?

Oui, pas mal. C’est mon dernier festival en Europe, le cinquième. J’en ai encore deux aux Etats-Unis. Cet été peut être résumé comme ça : vols en avion, festivals, pas de sommeil. A la Route du Rock, le week-end dernier, on est restés à peine 3 heures, et on devait déjà repartir…

Est-ce que tu t’attendais à un rythme de vie aussi effréné ?

Non, pas vraiment, mais je ne peux pas me plaindre. On voit plein d’endroits super. Mais par contre, je ne suis pas sûr de refaire une tournée des festivals l’année prochaine… Là je viens de faire un mois de festivals, c’est juste n’importe quoi. J’aime jouer dans des clubs, traîner avec mes amis, rencontrer mes fans, mais en festival, c’est très dur à faire. Ce qui est cool, c’est que les gens s’amusent entre eux et peuvent découvrir des groupes qu’ils n’auraient pas découverts autrement, mais parfois ça se révèle très bureaucratique et on te presse en permanence. C’est très étrange.

“Je ne veux pas mentir aux gens.” – Mac DeMarco

Une chose qui me paraît très caractéristique chez toi, c’est que sur scène, tu fais absolument ce que tu veux. Et c’est rare de voir ça. Est-ce que les concerts où les artistes sont très en contrôle d’eux-mêmes t’ennuient ?

Ca peut aller dans les deux sens. Des groupes qui se contrôlent peuvent se révéler très bons. C’est surtout la musique qui compte, même si la performance est aussi importante. Si un groupe préfère mettre en avant sa musique plutôt que sa personnalité, je respecte cette décision. Ce n’est pas notre genre, du coup il faut que je sois un peu le clown de service. Je ne veux pas mentir aux gens. Ca a finir par nous faire une réputation, mais je m’en fous. Et puis, je ne fais pas n’importe quoi juste pour faire n’importe quoi, ça n’aurait pas de sens. C’est parce que j’en ai envie.

Ton nouveau single est “Chamber of Reflection”, pourquoi ce titre ?

Disons que j’ai surtout voulu sortir un nouveau clip, vu que l’album est sorti depuis un moment. J’aime cette chanson, et le label m’a permis de faire le clip que je voulais. Je me suis vraiment amuser, et j’ai ralenti la musique dessus. Je trouve qu’elle sonne bien comme ça. C’est drôle, et ça donne une atmosphère très étrange au clip.

Quelle est ta “Chamber of Reflection” ? Où se trouve-t-elle ?

Il s’agit de ma chambre, où j’ai enregistré l’album. Les “chambres de réflexion” se trouvent en fait dans les temples maçonniques. Quand on devient un Franc-maçon, on doit se rendre dans cette chambre, et réfléchir à tout ce qui a pu nous arriver dans la vie, bon ou mauvais. L’idée est de tout laisser dans cette chambre. Quand on en sort, on est un homme neuf. Me concernant, j’avais quelques trucs à sortir de mon système, et je les ai mis dans l’album. Au final, je ne les ai pas laissés dans la chambre, mais je les ai montrés au monde entier. Mais ça m’a permis de ne plus les ruminer.

“J’avais quelques trucs à sortir de mon système, et je les ai mis dans l’album.” – Mac DeMarco

Tu as donc enregistré ton album dans ta chambre. Est-ce que c’est difficile de séparer ta vie privée de ton travail ?

Si je suis en train d’enregistrer un album, je ne fais que ça. Si ce n’est pas le cas, je vais juste bidouiller un peu ma guitare ou mon clavier. Mais c’est vrai que ça peut s’avérer un peu difficile parfois, parce que l’ordinateur est là, la petite amie aussi, parfois il faut sortir faire les courses… Mais il faut apprendre à se concentrer. Je ne me vois pas travailler dans un vrai studio, j’ai l’habitude de le faire comme ça, et je m’améliore à chaque fois.

Comment vis-tu le fait de devoir transposer ces chansons enregistrées seul sur scène, avec tes amis ?

Ca ne me dérange pas. Dès qu’elles sortent, elles me semblent moins personnelles. Elles continuent à avoir du sens pour moi, mais je veux que les gens s’en emparent et en fassent ce qu’ils veulent. C’est intéressant de voir ça.

Tu as dit que Salad Days est ton album le plus personnel. Qu’as-tu mis de toi dans ce disque ?

J’avais pas mal d’emmerdes à l’époque, et je les ai mises sur papier. J’ai pu faire des chansons auparavant qui étaient aussi personnelles, mais elles me touchaient moins. Salad Days est beaucoup plus ancré en moi. C’est quelque chose de très nouveau.

Qu’est-ce que tu veux dire par “salad days are over” ?

Je pense que ça a à voir avec le fait que je me sentais très fatigué et déprimé quand j’ai commencé l’enregistrement de l’album. Comme un burn-out. “Salad days” est un terme shakespearien qui exprime l’idée de jeunesse, de temps innocents, le bon vieux temps, en résumé. Et j’ai réalisé que mes “salad days” ne sont pas terminés, ils ne font que commencer. Je pensais au départ que c’était le cas, puis j’ai décidé que non. Je suis toujours en plein dedans, je m’amuse beaucoup.

“Mon plaisir coupable ? Coldplay !” – Mac DeMarco

Tu as dit que pour toi, être un musicien, c’est être à moitié poète…

C’était une blague ! Je ne le pensais pas.

Qu’est-ce que tu es alors ?

Un mec rock’n’roll !

La “rock’n’roll life”, justement, tu en penses quoi ?

C’est très mauvais pour la santé, mais on s’éclate. C’est très cool, j’ai beaucoup de chance. Je recommande aux jeunes musiciens de ne pas le faire pour l’aspect “festivals, backstage”, parce que ce n’est pas pour ça que je le fais. Je le fais parce que j’aime la musique, et ça m’amuse. Ne faites pas de la musique juste pour vous retrouver en backstage, ce n’est pas une bonne idée.

“Ne faites pas de la musique juste pour vous retrouver en backstage, ce n’est pas une bonne idée.” – Mac DeMarco

Tu es quelqu’un de très spontané. Ca a l’air d’être assez rare dans le milieu de la musique en ce moment. Es-tu d’accord ?

Oui, en ce moment il y a beaucoup de nouveaux groupes qui ont une image sombre, cool, sérieuse, mais je ne suis pas comme ça dans la vraie vie. Je ne peux pas faire semblant quand j’enregistre ou écris. Je suis juste moi. Je suis très content de ce que nous sommes. Peut-être qu’on est un peu à part.

Quel est ton plaisir coupable ?

Coldplay. J’aime “Green Eyes”. Parce qu’elle est mignonne, et qu’il [Chris Martin, le chanteur de Coldplay] l’a sûrement écrite à propos de Gwyneth [Paltrow, son ex-femme]. Même s’ils ne sont plus ensemble, la chanson demeure.

(Ré)écoutez Salad Days sur Deezer :

Rock en Seine jour 3 : Lana del Rey et Queens of The Stone Age, la douceur et la rage

Queens of the Stone Age à Rock en Seine 2014 (CC : Sylvere Hieulle)
Queens of the Stone Age à Rock en Seine 2014 (CC : Sylvere Hieulle)

Rock en Seine, c’est un peu l’événement musical incontournable de la rentrée, et l’édition 2014 n’a pas dérogé à la règle. 120.000 personnes – soit le record du festival, et son maximum – sont venues aux 3 jours de festivités qui ont eu lieu sur le domaine de Saint-Cloud, du 22 au 24 août.
C’était aussi l’occasion pour eux de passer une dernière fois à notre stand, qui tire sa révérence [violons tristes] !

  • Dimanche 24 août : Queens of The Stone Age secouent Rock en Seine

Le domaine de Saint-Cloud en a vu de toutes les couleurs pour cette dernière journée de Rock en Seine, édition 2014. Au programme : la langueur de Lana Del Rey, la rage de Queens of The Stone Age, le mystère de Warpaint, la flamboyance de LaRoux et Janelle Monáe, et la révélation Feu! Chatterton.

Ce sont les tout jeunes Feu! Chatterton qui ouvrent le bal du dimanche 24 août 2014, sur la Scène de l’Industrie. Force est de constater qu’il n’y a pas que des curieux parmi les quelques centaines de festivaliers déjà au rendez-vous, à 14h30. Nombre d’entre eux jubilent lorsque le chanteur annonce “La Mort Dans La Pinède”, premier single du groupe parisien, mêlant lyrisme et riffs bien sentis. Que dire du final sur “La Malinche” ? Avec son rythme chaloupé irrésistible, le morceau est à faire perdre raison.

Changement d’ambiance avec Cloud Nothings, trio américain mêlant garage rock et lo-fi avec une énergie dévastatrice. Dommage que le son ne rende pas justice à leurs morceaux, dont le rendu est un peu brouillon. Cela n’empêche pas les fans les plus assidus de fendre l’air avec le poing, ni au groupe d’assurer un final de 10 minutes assez brillant.

Retour à la scène française avec Petit Fantôme, un des Atlas du groupe Fránçois & The Atlas Mountains, qui était programmé la veille, et que nous avions pu rencontrer aux Francofolies. Au chant : Pierre Loustaunau, guitariste de F&TAM. A la guitare : François Marry, chanteur de F&TAM. A la batterie : le fidèle Jean Jaune. Aux claviers et à la basse : Botibol, qui a aussi un projet musical, éponyme. Avec son univers électro-pop rêveur et barré, Petit Fantôme séduit les festivaliers, les surprend avec des prolongements sinueux où les guitares prennent toute leur ampleur. L’inédit “Couvre-Moi” donne envie d’en entendre plus sur cette formation qui n’a pour l’instant qu’un EP à son actif, “Yallah”.

Les Américaines de Warpaint se font finalement moins rêveuses et languissantes que ce à quoi on pouvait s’attendre, sur la Scène de la Cascade. Le quatuor offre un set vigoureux, se montre complice en son sein et joueur avec le public, même si l’une d’elles se défend de se sentir “timide” devant le parterre de festivaliers les accueillant. On retient notamment le titre “Elephants”, assez garage, mais dont le rendu sur scène se fait très dansant.

L’ambiance monte encore d’un cran avec Janelle Monáe. La chanteuse originaire du Kansas fait vibrer la Scène de L’Industrie avec sa soul tutoyant le funk et le gospel. Dans cette noble tâche, elle est bien entourée par 6 musiciens et 4 choristes, aux costumes vintage noir et blanc, qui l’aident à assurer un show dont le mot “répit” est absent. C’est simple : on a l’impression d’être dans une version funk de “Grease”. En d’autres termes : le show c’est absolument génial.

Il y a beaucoup moins d’énergie à chercher du côté de Lana Del Rey. La chanteuse américaine, parmi les noms les plus attendus de cette édition 2014 de Rock en Seine, se fait vaporeuse et gracieuse sur la Grande Scène. Elle n’en est pas moins inaccessible, puisqu’avant même de commencer à chanter, elle descend au niveau du premier rang des festivaliers, et pose avec l’un d’entre eux. Lorsqu’elle remonte, elle a les larmes aux yeux.

Lana, c’est un peu ça : beaucoup d’émotions mélangées, pour une prestation qui laisse songeur. On a l’impression d’avoir une héroïne de David Lynch sous les yeux, tirant sur sa cigarette entre deux couplets, rejetant ses cheveux en arrière d’un geste ennuyé. Mais si vous n’avez pas tiré une larme sur “Video Games” ou “Summetime Sadness”, c’est que vous n’avez pas de coeur.

La Roux soulèvent eux aussi le coeur des festivaliers de Rock en Seine, avec leur pop colorée, dans un jeu de lumières tropicales. La chanteuse, Elly Jackson, danse sans s’arrêter, vêtue d’un long manteau blanc. Pareil du côté du public, qui se remue aussi bien sur les tubes de leur premier album, “In For The Kill”, “Bulletproof”, que sur les titres de leur nouvel album, comme “Cruel Sexuality” et “Tropical Chancer”, qu’Elly présente comme sa préférée.

Même les plus insensibles ne peuvent que difficilement rester de marbre face au set sans concession de Queens of the Stone Age, le groupe ayant l’honneur de clôturer Rock en Seine. La bande de Josh Homme électrise Rock en Seine, au point de déclencher un circle pit – un cercle au sein duquel les spectateurs courent en rond, et se bousculent – sur la puissante “Feel Good Hit Of The Summer“. De quoi rappeler qui est le patron.

  • Samedi 23 août : pour tous les goûts et tous les âges, de Portishead à Joey Bada$$
St. Vincent à Rock en Seine 2014 (CC : Nicolas Joubard)
St. Vincent à Rock en Seine 2014 (CC : Nicolas Joubard)

Difficile de savoir où donner de la tête en ce deuxième jour de Rock en Seine 2014. L’affiche est une belle définition de l’éclectisme : Portishead en guise de revival de la fin des années 90, Flume, jeune star australienne de la nuit, Joey Bada$$ en jeune prince du hip-hop vintage, The Horrors pour le côté shoegaze sombre, et St Vincent en guise de reine du rock baroque déjanté.

Les lumineux ALB sont parmi les premiers à accueillir les premiers festivaliers. Les Rémois montrent qu’à deux, on peut faire plus de bruit que toute une formation. Portés par leurs deux tubes, “Whispers Under The Moonlight” et “Golden Chains”, présents sur leur deuxième – décidément – album, Come Out! It’s Beautiful, ils font danser les spectateurs, dans le soleil plus ou moins chaud de l’après-midi, sur leurs airs électro-pop délicieux.

La fascination pour la figure du père nous oblige à aller voir The Ghost of a Saber Tooth Tiger, le duo formé depuis 2008 par Sean Lennon et sa petite amie, Charlotte Kemp Muhl. Le duo lorgne d’ailleurs du côté des 70ies, avec une folk vaporeuse qui fait du bien, parfait pour le début de soirée.

On poursuit dans la douceur avec Emilie Simon, exceptionnellement accompagnée de l’orchestre national d’Île-de-France sur cette date de Rock en Seine. Si l’on a du mal à entendre les 40 musiciens au début du concert, le son s’éclaircit en milieu de set, et prend alors toute son ampleur.

C’est le cas pour le dernier single-phare de la chanteuse, “Paris j’ai pris perpète”, où elle clame son amour pour la capitale. Vers la fin du set, Emilie Simon enfile son fameux bras bionique, qui lui permet de moduler les sons à sa guise, et revient vers ses précédents albums. Elle reprend aussi “I Wanna Be Your Dog”, tube d’Iggy & The Stooges, qu’elle adoucie sans en sacrifier la vigueur.

Les 30-40 ans se sont déplacés en masse pour voir Portishead, qui enchaîne les festivals français cette année, après Beauregard et la Route du Rock. Rien ne change par rapport à ces deux premières fois : le son est parfait, les visuels prenants, mais le groupe se cache derrière ces deux faits, comme retranché. Dommage, il ne parle qu’à la génération qu’il avait séduite à la base, laissant les plus jeunes assez perplexes.

D’ailleurs, nombre d’entre eux ont préféré se rendre à la Scène de l’Industrie pour voir Joey Bada$$, le seul rappeur de cette édition 2014, et l’une des dernières révélations de la scène hip-hop américaine, puisant lui aussi son inspiration dans les années 90. Dès son arrivée, il fait crier “Brooklyn” au public, son quartier de prédilection à New-York. Le ton est donné : le temps de son set, Rock en Seine sera de l’autre côté de l’Atlantique, sur la East Coast. Le premier sample est à peine lancé que le public suit le rythme en fendant l’air avec son bras. L’énergie coure tout le long de sa prestation. Galvanisant.

Les plus jeunes festivaliers enchaînent ensuite avec Flume, la star montante de la nuit australienne, qui a signé en 2013 le tube “Left Alone”, duo avec Chet Faker, qui l’a propulsé sur le devant de la scène. Au-delà de ses titres, le DJ remix d’autres artistes parlant à son public, comme Lorde et son “Tennis Court” - vous pouvez d’ailleurs retrouver la Deezer Session de Lorde ici -, ou encore, son remix de “You & Me” de Disclosure, l’un des tubes de 2013. De quoi réchauffer les esprits, malgré le temps frisquet.

["frame scrolling="no" frameborder="0" allowTransparency="true" src="http://www.deezer.com/plugins/player?autoplay=false&playlist=false&width=700&height=80&cover=true&type=tracks&id=72363411&title=&app_id=undefined" width="700" height="80"]

D’autres auront préféré aller chalouper sur l’indie rock rêveur et hanté de Frànçois & The Atlas Moutains, que nous avions pu interviewer à l’occasion des Francofolies.

Nouveau dilemme pour cette fin de soirée : l’éclectro de The Prodigy, le shoegaze aérien de The Horrors, ou le rock baroque de St. Vincent. Nous concernant, on divise notre temps entre The Horrors, particulièrement en forme ce soir, et St Vincent. The Horrors envoute la Scène de l’Industrie avec son jeu de lumières, parfait accompagnateur de leurs longs morceaux sinueux et euphoriques. On retient notamment “Sea Within A Sea” et “I See You”.

St. Vincent, aka Annie Clark, offre un final éblouissant à cette deuxième journée de Rock en Seine. Avec un show réglé au millimètre, l’artiste américaine secoue la foule amassée à la Grande Scène avec ses titres alambiqués, qui pourraient faire office de bande-originale à un film de Tim Burton. Son charisme et sa maîtrise parfaite de la guitare, son instrument de prédilection, les modulations de sa voix, aussi bien pop que baroque, mettent tout le monde d’accord. St. Vincent s’érige en sainte-patronne de Rock en Seine.

  • Vendredi 22 août : de Die Antwoord à Arctic Monkeys, Boulogne a tremblé

Arctic Monkeys à Rock en Seine 2014 (CC : Victor Picon)
Arctic Monkeys à Rock en Seine 2014 (CC : Victor Picon)

On débute cette 12e édition de Rock en Seine avec Pegase, un de nos artistes chouchou dont le premier album, éponyme, lui a fait remporter le prix des Pros au prix Adami-Deezer-de-Talents (ADDT), qui récompense chaque année 3 artistes en développement. Son leader, Raphaël, nous a confié en interview – à retrouver bientôt sur ce blog – qu’il s’agissait de leur plus grosse scène.

Malgré l’horaire – 17 heures – quelques milliers de personnes se sont pressées à la Scène de l’Industrie pour accueillir le groupe originaire de Reims. Le public fait même preuve d’un joli enthousiasme, communicatif puisque Pegase se donne à fond, donnant à ses titres dream-pop des envolées énergiques. Raphaël nous raconte qu’entraîné par la foule, il en vient à taper des mains, et oublier de lancer un sample.

Le planning est ensuite très serré : Traams et Wild Beasts jouent en même temps. Ne pouvant choisir, on essaie de voir un peu de ces 2 groupes qui ont beaucoup fait parler d’eux cette année. A l’esthétique un peu froide de Wild Beasts, on préférera l’énergie garage rock brute de Traams, qui ne sont que 3 sur la scène Pression Live. Il est encore un peu tôt pour que le public se laisse complètement aller, mais les têtes appuient le rythme avec ferveur.

Jake Bugg prend ensuite place sur la Grande Scène, bien au chaud sous son col roulé noir. Il faut dire que le temps s’y prête : au même moment, une averse tombe, amenant les plus frileux – et les moins équipés – à s’abriter sous les arbres. Dans la foule, une armée de parapluies se déploie. Heureusement, ses titres oscillant entre britpop et folk réchauffent un peu l’atmosphère, notamment Two Fingers. Dommage que le chanteur ne se lâche pas un peu plus.

Blondie, une des têtes d’affiches de ce Rock en Seine crû 2014, électrise la foule amassée aux abords de la Scène Cascade. Le groupe culte, qu’on ne présente plus, a encore une belle énergie sur scène, Debbie Harry arpentant la scène de part en part, encourageant les spectateurs par de grands gestes. Celle qui a fait sa gloire dans les années 80 et 90. La foule exulte lorsque les premières notes de guitare de l’indispensable “Call Me” retentissent.

Il faut ensuite choisir entre l’énergie dévastatrice de The Hives, groupe de Suédois survoltés et un peu fous, aux hymnes pop-rock irrésistibles, et la nonchalance de Mac Demarco. Vu le succès de son passage à la Route du Rock, le week-end précédent, on ne résiste pas à l’envie de revoir le prodige canadien, qui arrive sur la fin de sa tournée des festivals. S’il nous a avoué en interview être très fatigué – le reste de l’entretien est à retrouver très vite sur ce blog – il n’en laisse pourtant rien paraître une fois sur la Scène de l’Industrie.

(On vous remet son crowdsurfing de la Route du Rock, parce qu’on ne s’en remet toujours pas) :

Clope au bec et bière dans une main dès qu’il le peut, Mac DeMarco enchaîne ses titres indie rock vaporeux, avec quelques reprises, dont l’inmanquable “Yellow”, de Coldplay. Le groupe est son “plaisir coupable”, comme il a pu nous le confié en interview. Sur le final “Still Together”, il se jette là aussi dans la foule, qui le porte jusqu’au bout, et le fait ensuite revenir sur la scène. Dans une ambiance un peu moins chaotique que le week-end précédent.

Ninja, la moitié du duo sud-africain Die Antwoord est encore plus friand de crowdsurfing, et se lance dans le public à plusieurs reprises, pendant le set enflammé qu’il assure avec Yo-Landi Vi$$er. Le duo impressionne par son charisme et son énergie inépuisable, sautant, dansant, enchaînant les titres sans pauses. Les plus jeunes se laissent aller sur ce mélange d’électro et de hip-hop, les plus vieux restent un peu circonspects par l’avalanche de visuels phalliques (un des thèmes chers au groupe) et de basses proches de la transe.

Ce sont les Arctic Monkeys qui clôturent cette première journée de Rock en Seine, sur la Grande Scène. La bande d’Alex Turner montre à nouveau sa maîtrise parfaite de leur set au rock de plus en plus brut de décoffrage. “Paris, du fond de mon coeur, je veux te dire…” commence Alex, avant d’enchaîner sur les premières notes de l’indispensable “I Bet You Look Good On The Dancefloor” (“Je parie que tu es belle quand tu danses”), issue de leur premier album, Whatever People Say I Am, That’s What I’m Not. La foule est compacte, saute à mesure de la batterie de Matt Helders. Un beau final que le public de Rock en Seine peut s’avérer chanceux de voir, puisque le groupe a annoncé cette semaine vouloir lever le pied sur les dates de concert. Pas étonnant, sachant qu’ils tournent depuis 2 ans dans le monde entier pour promouvoir leur dernier album, AM.

En résumé de ce vendredi 22 août :
- l’indispensable : Arctic Monkeys
- le plus “Fan 2″ : Blondie
- le rayon de solei : Mac DeMarco
- on les a loupés et on le regrette : Camp Claude, Gary Clark Jr, The Hives, Trentemøller

Cheveu : “On a mis du temps à comprendre qu’on devait jouer un peu différemment en France”

Cheveu - Bum
Cheveu – Bum

Cheveu est l’un des OVNI de la scène française. Ce trio parisien mêle depuis 10 ans électro, rock, psychédélisme, lo-fi, transe, avec un succès plus rapide aux Etats-Unis que dans sa mère-patrie. Son dernier album, Bum, a surpris avec un son plus lisse, mais qui ne perd pas en densité. Nous les avons rencontrés lors de leur passage à la Route du Rock édition 2014, histoire de parler de leur rapport au live, de leur parcours … et d’opéra.

Comment sentez-vous cette Route du Rock édition 2014 ?

David (chant) : Ca va être cool !
Olivier (claviers) : Avant, on était à Binic [Folks Blues Festival, dans les Côtes d'Armore, ndr], c’était notre plus grosse scène, devant 10.000 personnes. On en a fait un autre, paumé dans la forêt, près de Morlaix.
David : L’exercice de style du festival n’était pas notre spécialité. Un peu par la force des choses, parce qu’on n’était pas invités. Disons qu’on est super contents d’en faire maintenant.
Olivier : On sera aussi à Rock en Seine et on a joué à Dour. Ce sont des festivals qui ont des sous-catégories underground, donc si tu fais des trucs chelous, tu peux y figurer.

“L’exercice de style du festival n’était pas notre spécialité. Un peu par la force des choses, parce qu’on n’était pas invités.”- David

Vous vous préparez différemment pour un festival ?

David : Un truc a changé : depuis le dernier disque, Bum, on a pas mal bossé avec des ingénieurs du son.
Olivier : Et j’ai changé de matos. Je suis passé des vieilles boîtes à rythmes à l’ordi’, ce qui permet aux ingé’ d’ouvrir le son à fond, et de faire des scènes plus grosses. Notre ingé’ son est super, il bosse avec Sébastien Tellier. Il n’hésite pas à bien “bourriner” le son, ce qui est un peu notre marque de fabrique. Je freinais un peu des quatre fers parce que j’avais l’impression que ça faisait partie de moi d’avoir des boîtes à rythmes. Mais finalement, j’ai appris plein de trucs grâce à l’ordinateur. Avec Bum, on voulait montrer qu’il n’y a pas de dogme, que le groupe ne se résume pas à ce son lo-fi, qu’on a une identité au-delà de ça.

Si vous deviez présenter Cheveu aujourd’hui, est-ce que vous le feriez de la même manière qu’à ses débuts ?

Olivier : Il faudrait qu’on rénove notre façon de présenter le groupe. On a toujours tendance à dire que c’est psyché-lo-fi, mais ce n’est plus vraiment le cas.
David : On se rattache un peu au générique de dire que “c’est du rock”, et ça permet pas mal d’ouvertures. Mais c’est délicat comme exercice.
Olivier : En fait, on a toujours un format pop sur disque, qu’on a tendance à exploser en concert. On joue à fond sur l’énergie.
David : Avec Bum, c’est la première fois qu’on a enregistré les morceaux tels qu’on les joueraient sur scène, ce qui était assez perturbant. Cette fois, on essaie de dénaturer ce qu’on a fait.
Etienne (guitare) : On a pu dire de l’album qu’il était pop, mais pas vraiment. Je le trouve encore plus barré que ce qu’on faisait avant. C’est juste qu’effectivement, le son s’est éclairci, est plus intelligible. Mais ça reste bien agressif.

“Notre musique hyper bourrin était plus adaptée aux clubs américains où tu peux jouer méga fort, plutôt qu’aux salles françaises. On a mis du temps à comprendre qu’il fallait faire un peu différemment ici.” – Olivier

Vous avez eu un parcours un peu à l’envers : vous avez commencé par avoir du succès à l’étranger, puis vous êtes revenus en France…

David : Où on a un peu plus trimé [rires]

Comment avez-vous vécu cette inversion des choses ?

Olivier : C’était un coup de bol de débutants. On se connaissait bien tous les 3, on a chopé des instruments à l’arrache, et ça a marché directement. On a enregistré à l’arrache aussi, très vite, sur une carte de son pourrie. Ca a plu à des mecs de l’underground français, qui avaient des contacts aux Etats-Unis. Du coup, c’est sorti en 45 tours là-bas, et on y est partis faire des tournées, alors qu’on n’avait fait que 10 dates en France. Mais ça nous a permis de nous faire connaître ici, parce qu’on avait une petite aura américaine. Notre musique hyper bourrin était plus adaptée aux clubs américains où tu peux jouer méga fort, plutôt qu’aux salles françaises. On a mis du temps à comprendre qu’il fallait faire un peu différemment ici. Des gens nous ont conseillés de nous installer aux Etats-Unis, pour y avoir une carrière, mais c’était un peu chaud.
David : Ca aurait été marrant… Pendant 4-5 ans, on y allait tous les ans. On a vachement ralenti le rythme, mais on va s’y remettre. On va faire une date au Canada en septembre, qui pourrait être le point de départ d’une autre tournée, pour se remettre dans le bain ‘ricain. Mais au départ, c’est vrai qu’on appartenait à une scène garage internationale, qui fonctionnait beaucoup avec les forums, qui n’est plus notre coeur de cible aujourd’hui.
Olivier : Nos disques sortaient systématiquement en parallèle aux Etats-Unis, ce qui n’a pas été le cas pour le dernier, même s’il est distribué là-bas. On est un peu moins présents là-bas. On doit aller en Chine, aussi !

Est-ce que vous avez dû passer par le processus de vérification des paroles pour y jouer ?

David : Pas encore.
Olivier : Ca avait été le cas pour un autre groupe avec lequel je joue. On avait une chanson qui évoquait le suicide, et c’était hors-de-question de la jouer.
David : Le suicide, ça n’existe pas en Chine.

“On a aussi un projet d’opéra, mais on ne peut pas trop en parler.” – Olivier

Ca vous fait quoi de porter votre musique aussi loin ?

David : C’est un coup d’essai, on verra ce que ça donne. On passe par les canaux institutionnels, en tout cas. Sur le futur, on est surtout sur des créations, plus que des tournées. En octobre, on fait venir Maya Dunietz, qui a fait les arrangements sur Bum et 1000 Mille, comme chef de choeur. Elle va diriger 40 personnes pour un concert à la Cigale. On bosse aussi avec un artiste qui bosse avec l’IRCAM. On se dépatouille avec des ingé hauts-de-gamme qui inventent des machines. C’est marrant. On va aussi probablement aller dans le Sahara enregistrer avec le groupe Dewey, qui fait partie de ces groupes delta-blues, rock du Sahara, Jimi Hendrix des sables.
Olivier : On a aussi un projet d’opéra, mais on ne peut pas trop en parler. On ferait tout de A à Z. Et on travaillerait avec un réalisateur de cinéma pour la mise en scène.

Cette envie de vivre le live de manière différente a l’air d’être de plus en plus fréquente chez les artistes. Est-ce que ça vient d’un ennui de la scène ?

David : Il y a plusieurs raisons. Ca fait 10 ans qu’on tourne, mais il n’y a pas de lassitude, parce qu’on se renouvelle à chaque fois. Même dans les disques, les titres n’ont rien à voir les uns avec les autres. On ne s’ennuie pas de côté-là, mais c’est cool de vivre notre musique différemment.
Olivier : Il faut aussi savoir saisir des chances. C’est même pas dit qu’on joue, on pourrait juste l’écrire.
Etienne : On ne sait pas dans quelle direction on va, mais ça serait super. Avec la “patte Cheveu”, il y aurait moyen de bien se marrer.

Vous avez fêté vos 10 ans l’année dernière…

Etienne : On n’a rien fait ! Ca nous a fait bizarre.
David : C’est quoi la question ? [rires]

Quel est le premier souvenir qui vous vient sur vos 10 ans ?

Etienne : Le premier concert est quand même très marrant. Il s’est passé à Louis Blanc, à Paris, sur les voies ferrées, dans un quartier où il y a une communauté tamoule. Les mecs ont commencé à jouer vers minuit, complètement déchirés. David, qui avait déjà ses réglages sur la voix, a passé son micro à l’un d’eux, qui s’est mis à chanter “I’m a Disco Dancer”, un hit de Bollywood.
David : Ce serait cool à refaire aujourd’hui.

Vous n’avez pas peur de vous assagir avec le temps ?

David : Pas trop.
Etienne : C’est peut-être même le contraire !

(Ré)écoutez Bum sur Deezer :

Anna Calvi : “Quand je monte sur scène, je n’ai pas d’autre choix que de tout donner.”

 

Anna Calvi à la Route du Rock 2014 (Crédits photo : Deezer France)
Anna Calvi à la Route du Rock 2014 (Crédits photo : Deezer France)


Anna Calvi
a deux facettes : celle d’une chanteuse et guitariste sûre d’elle et charismatique, assurant riffs et chant puissant avec une aisance déroutante. Mais aussi, celle d’une artiste à la sensibilité exacerbée, encore peu à l’aise avec l’exercice de l’interview. Le calme avant la tempête. Elle s’est pourtant prêtée au jeu avec nous, quelques heures avant de monter sur la Scène des Remparts, lors de la 24e édition estivale de la Route du Rock. L’occasion de parler de son amour pour la scène, ses inspirations, et les discriminations envers les artistes femmes.

Comment te sens-tu à l’approche de ton concert de ce soir, à la Route du Rock ?

Je suis impatiente ! Surtout, de voir Portishead. Aller à un festival où il y a des artistes que j’ai envie d’écouter rend la chose beaucoup plus amusante.

Tu t’ennuies parfois en festival ?

Souvent, les festivals ne sont pas les meilleurs endroits pour que je puisse voir le genre de musique que j’aime. Portishead seront sûrement géniaux sur ce genre de scène.

Quel genre de musique aimes-tu ?

Le genre qui requiert de l’attention, de la concentration, pour l’apprécier. J’ai l’impression que l’intérêt des festivals est avant tout de s’amuser.

J’ai remarqué que je suis facilement distraite en festival, à cause de la foule assez bruyante. Est-ce que c’est quelque chose qui t’effraie, en tant qu’artiste ?

Je fais ce que je peux pour faire le meilleur show. Si les gens ont envie d’y prendre part, ça ne tient qu’à eux. Parfois, ça ne marche pas, mais c’est inhérent au fait de se produire en festival.

“Le rôle de la guitare dans ma musique est très important.” – Anna Calvi

J’ai d’ailleurs pu remarquer que quand tu montes sur scène et saisis ta guitare, la foule se tait. Que ressens-tu à ce moment-là ?

C’est un super sentiment. C’est un instrument très puissant, il peut en dire beaucoup. Le rôle de la guitare dans ma musique est très important.

Où trouves-tu cette intensité émotionnelle que tu as sur scène ?

C’est la seule manière dont je sais faire. Quand je monte sur scène, je n’ai pas d’autre choix que de tout donner. Cela ne peut s’avérer difficile que si le public est lui-même difficile. Mais ça n’arrive qu’occasionnellement.

Récemment, beaucoup de chanteuses se sont plaintes publiquement du comportement des spectateurs à leur encontre, comme Iggy Azalea ou la chanteuse de CHVRCHES. Qu’est-ce que c’est quelque chose auquel tu as déjà été confrontée ?

Non, pas vraiment. Les seules fois où je peux me sentir discriminée en tant qu’artiste femme, c’est lorsque des journalistes pensent que la guitare est un instrument d’homme, ou me posent des questions sur d’autres chanteuses qui n’ont rien à voir avec ce que je fais, comme Miley Cyrus. La chose la plus étrange là-dedans, c’est qu’ils traitent les femmes comme si elles étaient une minorité, alors qu’elles représentent la moitié de l’humanité. C’est stupide.

“Les seules fois où je peux me sentir discriminée en tant qu’artiste femme, c’est lorsque des journalistes pensent que la guitare est un instrument d’homme, ou me posent des questions sur d’autres chanteuses qui n’ont rien à voir avec ce que je fais, comme Miley Cyrus.” – Anna Calvi

Revenons à la musique. Ton EP de reprises, Strange Weather, m’a beaucoup plu. J’ai l’impression que tu as travaillé à adoucir ta voix, non ?

Oui, ça a beaucoup à voir avec le fait de mûrir en tant qu’artiste. Quand on réalise qu’on peut chanter fort, on veut le faire tout le temps. Et au bout d’un moment, en expérimentant, on se rend compte que ce n’est pas la seule manière d’être dramatique. Je pense que ces chansons avaient besoin d’une voix plus douce, cela s’est fait sans que j’y réfléchisse vraiment. Je chercherai toujours à avoir une variété de techniques de chant, en tout cas.

Est-ce que tu l’as enregistré parce qu’être en studio te manquait [son dernier album, One Breath, est sorti en 2013] ?

J’avais un mois de libre, en janvier. Beaucoup de mes amis étaient à New-York à ce moment-là, je me suis dit que c’était une bonne manière de passer le temps.

Tu as eu le temps d’écrire pour toi depuis ?

Oui, un peu. Mais je préfère le faire à la maison, quand j’ai plusieurs jours devant moi. J’ai besoin d’intimité et de concentration.

Ta musique est très hantée, on croirait parfois qu’elle est tirée de rêves ou de cauchemars. Es-tu le genre de personne qui peut être obsédée par quelque chose, et qui veut à tout prix en faire une chanson ?

Ca peut m’arriver, oui. Souvent, mes idées m’arrivent après des rêves, ou au moment de m’endormir. Faire de la musique est une manière de me recentrer et de m’apaiser. C’est un peu thérapeutique.

“Faire de la musique est une manière de me recentrer et de m’apaiser.” – Anna Calvi

Est-ce que tu as toujours voulu faire de la musique ton métier ?

J’ai toujours voulu travailler dans les arts. J’ai essayé différentes choses, et je me sens rendue compte que la musique était le domaine où j’étais le plus douée. Je fais encore du dessin à côté, pour m’amuser. Peut-être qu’un jour, je joindrai le dessin et la musique, qui sait.

D’ailleurs, ta page Facebook montre beaucoup de dessins que des fans ont fait de toi. Qu’est-ce que ça te fait, d’être dessinée par autant de gens ?

Je trouve ça magnifique. Tu fais quelque chose, et ça inspire les gens à en faire quelque chose à leur tour. Je me sens très honorée. D’autant que certains dessins sont vraiment beaux. Ca me surprend toujours, et c’est un peu bizarre, d’un côté, mais d’une manière positive.

Tu fais aussi beaucoup de shootings pour des magazines de mode. Est-ce que tu crains parfois d’être réduite à ton image ?

Non, pas du tout. Je pense que les gens comprennent d’eux-mêmes qu’il y a beaucoup plus à découvrir sur mon travail. Si tu parviens à t’exprimer d’une façon qui soit en accord avec ta musique, ça ne peut pas être réducteur. Mais, bien sûr, ce ne serait pas le cas si je posais seins nus à la page 3 d’un tabloïd [rires].

Tu as écris récemment une chanson avec Marianne Faithfull, “Falling Back”. Comment cette collaboration est-elle survenue ?

Nous avions le même producteur, et elle lui a dit qu’elle aimait beaucoup ma musique. Je suis allée la voir dans son appartement parisien. Elle avait déjà les paroles, j’ai ensuite écrit la musique autour d’elles. C’est l’une des choses dont je suis le plus fière, c’est une chanteuse si géniale, une vraie icône.  Je me suis sentie très honorée. C’était une collaboration où j’ai pu beaucoup apprendre. On voit comment les gens approchent les choses différemment. J’ai été très impressionnée par son instinct, et son courage d’accepter pleinement ses émotions sans en être jamais embarrassée. Elle était très expressive, même si nous ne nous connaissions pas beaucoup. Je pense que c’est une expérience que je pourrais réessayer par la suite.

Où te réveilleras-tu demain ?

En Belgique, pour le festival Pukkelpop, où je joue demain soir.

(Ré)écoutez One Breath, le dernier album d’Anna Calvi :

 

La Route du Rock jour 4 : Mac DeMarco vole la vedette

La Route du Rock dévoile cette année sa “24e collection d’été”, du 13 au 16 août, comme son organisation le dit si joliment. Et quelle collection ! Au programme : grandeur et éclectisme, de Portishead à Kurt Vile, en passant par l’inmanquable Mac DeMarco et Anna Calvi. Pas étonnant que le festival ait frôlé les 30.000 spectateurs.

Mac DeMarco à la Route du Rock 2014 (Crédits : Deezer France)
Mac DeMarco à la Route du Rock 2014 (Crédits : Deezer France)
  • Samedi 16 août : la nonchalance de Mac DeMarco face à la fièvre de Toy

Pas une goutte de pluie pour ce dernier jour de la Route du Rock édition 2014. De quoi profiter sans soucis d’une affiche oscillant entre rock planant (Mac DeMarco, Baxter Dury, Temples) et nerveux (Toy, Perfect Pussy, Cheveu).

C’est Mac DeMarco qui ouvre la Scène du Fort Saint-Père, en début de soirée. Et il s’en était fallu de peu : le chanteur canadien et son groupe étaient bloqués dans les bouchons moins d’une heure avant leur entrée sur scène. Pas de quoi les stresser. Le batteur « introduit » Mac par une avalanche de supplétifs, façon show à l’américaine. Celui-ci apparaît, un T-shirt à l’effigie des Simpson, une clope au bec et une cannette de bière à la main. De quoi donner le ton du show : qui ne se prend pas au sérieux.

« On vient à peine de se réveiller », lance Mac. C’est justement cette nonchalance que le public de la Route du Rock attend de ce Montréalais exilé à New-York, dont le dernier album, Salad Days (2014) est instantanément devenu une référence en matière d’indie rock léger et cool. Celui qui fait tripper ados et adulescents.

Mac DeMarco et sa bande ne vont pas les décevoir. Pendant près d’une heure, ils enchaînent leurs titres vaporeux, dont « Ode to Viceroy», le plus attendu (vu le nombre de fois où les spectateurs l’ont réclamé). Le public se dandine, applaudit à chaque blague, exulte quand Mac et son bassiste reprennent « Yellow » de Coldplay [vidéo au-dessus].

Que dire du final, où Mac interprète “Still Together”, issu de son album 2 ? Après quelques couplets, il se jette dans la foule pour un crowdsurfing qui fera date, roulant jusqu’au bout du public, et revenant à la scène de la même manière. La foule chante en chœur. Jubilatoire, voilà le mot.

On poursuit la quête de nonchalance avec le dandy Baxter Dury, exceptionnellement accompagné de la Française Marie-Flore au chœur. L’Anglais, dont le nouvel album It’s A Pleasure sortira à l’automne, fait chalouper le public au son de sa pop élégante. Frôlant toujours un peu la mégalomanie, il imite même l’aboiement vers la fin, avec un humour so british.

Le public de la Route du Rock est ensuite secoué par les électriques Toy, dont les influences vont des grisailles shoegaze aux sursauts post-punk. Le jeune groupe anglais tient la cadence d’un set dense et survolté, aux morceaux longs mais efficaces.

Temples propose ensuite son rock psychédélique lorgnant parfois du côté de Kasabian. Dommage qu’il faille attendre la moitié du set pour que le groupe parvienne à secouer un peu les festivaliers, qui comment à fatiguer.

Moins de problème là-dessus du côté de Cheveu, trio français inclassable, à l’électro déjantée agrémentée de riffs bien sentis. Sur la petite scène des remparts, Cheveu décoiffe le public avec ses basses poussées au maximum, ressenties de la tête aux pieds. En moins de 5 minutes, les crowdsurfers s’enchaînent, les têtes se secouent. Chapeau.

En résumé de ce samedi 16 août :
- l’indispensable : Mac DeMarco
- le plus « Fan 2 » : Mac DeMarco
- le rayon de soleil : Mac DeMarco
- on les a loupés et on le regrette : Pegase, Jamie XX, Todd Terje

  • Vendredi 15 août : le règne du rock alternatif, de Portishead à Anna Calvi

Anna Calvi à la Route du Rock 2014 (Crédits photo : Deezer France)
Anna Calvi à la Route du Rock 2014 (Crédits photo : Deezer France)

Le temps se révèle plus clément pour ce troisième jour de l’édition 2014 de la Route du Rock, de quoi ravir les 14.000 personnes présentes. Les équipes se mobilisent toute l’après-midi pour que le site puisse accueillir les festivaliers dans les meilleures conditions possibles, à grand renfort de camions déversant de la paille sur le sol encore très boueux et glissant.

Même Anna Calvi doit troquer ses talons hauts, qu’elle tient à la main, pour des bottes de pluie. Après nous avoir accordé une interview, lovée dans un canapé de l’espace presse, elle inaugure la Scène du Fort en début de soirée. Si elle se révèle timide en privé, la chanteuse et guitariste britannique impressionne par son charisme scénique. Le menton haut, le regard perçant, juchée – cette fois – sur ses talons hauts, elle prouve à nouveau que “la guitare n’est pas un instrument de mec”. Elle nous a confié être fatiguée d’entendre le contraire.

Anna Calvi joue de la guitare comme elle pourrait pincer une harpe, recroquevillant les doigts de sa main droite sur les cordes de son instrument, les faisant courir dans des gestes nerveux et précis. Malgré la complexité des morceaux, aucun faux pas ne survient. On retient notamment “Rider To The Sea”, et son sublime solo de guitare en guise d’entrée. La foule s’accumule au fur et à mesure de son set, de quoi dessiner un sourire sur le visage presque théâtral d’Anna Calvi. On regrettera seulement de ne pas avoir entendu de titres de son dernier EP, Strange Weather, où elle s’essaie avec brio à l’exercice de la reprise, et un chant plus calme que sur ses deux premiers albums.

On est moins emportés par le live de Slowdive, groupe culte de shoegaze formé dans les années 1990. Avec un set très (trop ?) linéaire, le groupe ne crée pas de surprises, mais assure le show avec des morceaux longs, où réverbérations et choeurs sont maîtres.

Viennent ensuite Portishead, autre groupe emblématique des années 1990, la tête d’affiche de cette 24e édition estivale de la Route du Rock. Après Beauregard, le groupe anglais enchaîne les dates estivales pour fêter les 20 ans de son premier album, Dummy. Ils y étaient déjà passés en 1998. La bande à Beth Gibbons a choisi la chanson d’introduction de Mulholland Drive, film culte de David Lynch, en guise de titre d’introduction. De quoi suggérer l’ambiance d’un set sombre. Portishead montre sa parfaite maîtrise de ses morceaux cultes, de The Rip à Glory Box, et Mysterons.

En résume de ce vendredi 15 août :
- l’indispensable : Portishead
- le plus “Fan 2″ : Portishead
- le rayon de soleil : Anna Calvi
- on les a loupés et on le regrette : Moderat, Liars

  • Jeudi 14 août : The War On Drugs et Kurt Vile & The Violators électrisent la Route du Rock

La Route du Rock 2014 (Crédits : Deezer France)
La Route du Rock 2014 (Crédits : Deezer France)

La révélation Ought et François & The Atlas Mountains, que nous avions rencontrés aux Francofolies, ont fait office d’ouverture ce mercredi, sous un ciel clément. Ce jeudi 14 août, grâce aux mastodontes Kurt Vile, The War On Drugs et Thee Oh Sees, le festival situé à Saint-Malo a battu son record de pré-ventes : 20.000 pour cette seule journée.

Les pluies torrentielles n’ont pas découragé les festivaliers. Dès la navette, qui part de la gare, l’ambiance est bon enfant : les gens font connaissance, un Anglais s’essaie à un peu de français, avec plus ou moins de succès. D’ailleurs, il n’a pas de quoi être dépaysé : à l’arrivée, le site de la Route du Rock n’est plus qu’un énorme champ de boue, parsemé d’immenses flaques marrons et de petits monticules de terres glissants. Bref, on se croirait à Glastonbury, LE festival britannique grand public de référence.

C’est Angel Olsen qui a cette fois le privilège d’ouvrir les festivités, sur la petite scène située à l’entrée du site. Charmante, la chanteuse et guitariste américaine ne perd pas sa bonne humeur malgré les quelques coupures de son, ou les averses intempestives. Elle a sa solution toute trouvée : garder ses cheveux au sec sous une serviette-éponge. What else ? Son rock parsemé aussi bien de références folk que indé ou surf n’en est que plus agréable pour les oreilles.

La grande scène a ensuite le plaisir d’accueillir The War On Drugs, l’un des groupes les plus attendus à la Route du Rock pour cette édition 2014. La formation menée par Adam Granduciel impose d’entrée son indie rock originaire de Philadelphia, dont les productions rappellent beaucoup Bruce Springsteen. De quoi souffler un vent de nostalgie sur la foule, qui se laisse porter par leurs longs morceaux (souvent plus de 5 minutes), où les synthés mélancoliques croisent des guitares sentant bon l’Amérique. On retient notamment la sublime “Under The Pressure” :

Hasard de la programmation (ou pas), on retrouve juste après, sur la même scène, Kurt Vile, co-fondateur de The War On Drugs. Il n’a participé qu’à la réalisation du premier album, préférant ensuite se lancer en solo. Avec déjà 5 albums denses à son actif, le chanteur et compositeur parvient à captiver la foule de la Route du Rock, même s’il se cache derrière sa longue et dense chevelure. La foule est littéralement en transe sur ses titres, comme l’électrisante “Freak Train”. Est-ce dû à sa voix éraillée et langoureuse, ou les boucles de guitares ? En tout cas, le résultat est là :

Real Estate offre par la suite une autre facette du rock indépendant américain : celui nourri à la douceur de vie sur les côtes, offrant une musique planante et rêveuse. Leur dernier album, Atlas, a de quoi devenir la parfaite bande-son de l’été. Malgré quelques soucis techniques, le groupe basé à Brooklyn est ravi d’être là, confiant qu’il est très rare qu’ils soient programmés le soir lors de festivals. Dommage que la vue sur la petite scène soit rendu difficile par la petite montée y menant, mais qu’importe, on écoute avec attention Real Estate, le regard happé par les étoiles.

Après ces rêveries, place au rock survolté de Thee Oh Sees, formation de rock garage américaine (elle aussi), qui se démarque des autres groupes du jour. Des titres courts et percutants, voilà qui a fait la recette de leur succès depuis la fin des années 90. De quoi réchauffer les corps engourdis par la pluie. Le pogo est inévitable, les plus aventureux tentent même de se faire porter par la foule, au risque de tomber dans la boue. Rock’n’roll jusqu’au bout.

En résumé de ce jeudi 14 août :
- l’indispensable : The War On Drugs + Kurt Vile & The Violators
- le plus “Fan 2″ : Thee Oh Sees
- le rayon de soleil : Angel Olsen
- on les a loupés et on le regrette : Darkside, Caribou

Fránçois & The Atlas Mountains : “J’ai envie de démesure et de profondeur”

Fránçois & The Atlas Mountains (Crédits photo : Mathieu Demy)
Fránçois & The Atlas Mountains (Crédits photo : Mathieu Demy)

Fránçois & The Atlas Mountains est ce genre d’OVNI qui parvient à transporter la scène pop française au-delà de ses retranchements. En 3 albums tout aussi sombres que lumineux, toujours dansants et oniriques, le groupe originaire de Bordeaux a su développer son propre style, loin des conventions. Son chanteur, Fránçois Marry, nous a reçu, quelques heures avant de monter pour la première fois sur la grande scène des Francofolies, édition 2014. Une interview cosmique.

Retrouvez la Deezer Session de Fránçois & The Atlas Mountains :

Es-tu un peu stressé par rapport à ton concert de ce soir aux Francofolies ?

Oui, mais c’est un mélange de peur et d’excitation, parce qu’on est à La Rochelle. J’ai vécu ici 3 ans et j’ai de la famille pas loin. Tu connais un peu la région ?

Un tout petit peu. C’est la deuxième fois que je viens ici, mais la première aux Francos. Contrairement à toi !

On a joué au Théâtre Verdière, il y a trois ans. On a aussi été accompagnés ici par le Chantier des Francos [mini-festival en parallèle des Francos, dédié à mettre en avant des groupes émergents, ndlr]. Puis on a joué il y a deux ans, mais il y a eu une tempête alors ça a été annulé.

Cette année, le festival fête ses 30 ans. Qu’est-ce qu’il représente pour toi?

Ça me rappelle Jean-Louis Foulquier, ça me rappelle des émissions sur France Inter, tout ça. Ça rappelle une esthétique très française, c’est un peu le temple de la chanson française.

“[Les Francofolies] sont un peu le temple de la chanson française.”

Dans une interview que tu avais donnée aux Francos en 2011, tu disais vouloir toucher un public plus large, est-ce que tu penses avoir réussi ?

Ouais, petit à petit j’ai l’impression qu’on se trouve, qu’on peut se comprendre. Je pense qu’il y a moyen qu’on s’entende bien. C’est génial de pouvoir jouer aux Francos, pour qu’on puisse proposer la particularité de notre musique à un public large, justement.

Pour en revenir à l’album, Piano Ombre, vous avez développé toute une thématique autour de la forêt, est-ce qu’on doit y voir une métaphore quelconque ?

La volonté de représenter la densité du son, le côté un peu magique de la musique, l’aspect non maitrisable des éléments.

“J’ai l’impression d’avoir peur de choses que je peux pas du tout décrire et qui sont difficiles à cerner. C’est sur ce terrain là que je voulais mettre les pieds.”

Je crois savoir que tu es toi même très inspiré par la forêt.

Je suis très fasciné par la nature de manière générale, et j’en ai vraiment besoin. Ce sont vraiment des moments de ressourcement. Je pense que des heures de yoga, ou se poser devant la TV avec une part de pizza ne valent pas une seconde passée à marcher dans la forêt.

Donc si je te parle de ‘Blairwitch Project’ ou un autre film d’horreur qui se passe en forêt, ça ne t’impressionne pas ?

Alors, c’est intéressant parce qu’il y a justement un aspect assez effrayant de la forêt qu’on retrouve dans beaucoup de films, de contes des fées… C’est pour ça que je voulais évoquer la forêt sur cet album et sur la couverture, parce que dans l’imaginaire et dans la vie en général, il y a beaucoup d’éléments qui sont associés à la peur et il y un moyen, à un moment, de s’en séparer [...] La peur se nourrit de la peur et le meilleur moyen d’enrayer ça, c’est d’ouvrir les yeux et d’accepter ce qu’on a et d’en reconnaître une certaine beauté. Tout ce qui est magistral n’est pas forcément effrayant.

“La thématique de la peur m’interpelle depuis longtemps, parce que je n’ai pas réellement de phobies.”

Donc l’album était l’occasion de faire la lumière sur quelque chose de très obscur.

Oui, d’où le titre de l’album “Piano Ombre”, qui veut dire “Doucement les ombres”.

Une thématique qui a l’air de vraiment t’intéresser.

Oui, la thématique de la peur m’interpelle depuis longtemps, parce que je n’ai pas réellement de phobies. Je n’ai pas peur des limaces, je n’ai pas peur des enfants, des filles…mais j’ai une espèce de peur irrationnelle de la peur, en fait. J’ai l’impression d’avoir peur de choses que je peux pas du tout décrire et qui sont difficiles à cerner. C’est sur ce terrain là que je voulais mettre les pieds.

Qu’as-tu découvert sur ce terrain ?

Le repos. Je pense que c’est important de se reposer. Je pense qu’il y a énormément de fatigue et de confusion mentale qui viennent avec l’hyperactivité et la pression sociale, du monde du travail. [...] A l’échelle de l’Univers, le temps humain ne représente rien. Où s’inscrit la peur dans tout ça ?

C’est peut-être la peur de ne laisser aucune trace.

C’est une peur vaine, parce que forcément, on ne va laisser aucune trace…. C’est sûr que c’est effrayant de perdre son travail, de perdre un amour… Mais il faut prendre ce que l’on peut, pour son bien-être.

Tu parles de mort, de cet aspect un peu cosmique des choses, est-ce que la spiritualité, c’est quelque chose qui t’intéresse ?

Ça me fascine énormément, comme la foi. Pas de manière personnelle, parce que je n’ai aucune conviction religieuse définie, mais la capacité humaine à se connecter à quelque chose de plus grand me fascine, jusqu’aux conséquences sociales. [...] Et aussi la réutilisation politique de la croyance dans n’importe quelle communauté, c’est fascinant. C’est fou, parce qu’on s’est débarrassés de l’Eglise Catholique, donc on se croit totalement à l’abri, mais nos croyances se sont déplacées sur la réussite, la jeunesse, la beauté…ce sont des croyances qui ont remplacé la croyance chrétienne de la vie après la mort par exemple. On croit à la nuit, à l’amusement, qui sont devenus d’autres formes de croyances.

Est-ce que c’est vain pour toi ?

Pas du tout. C’est juste un déplacement de l’occupation humaine. Je pense qu’on espère tous trouver l’amour, le calme, un refuge. Avant, c’était un foyer et la piété. Maintenant, c’est la consommation et le fun. Et toujours la famille, quelque part entre les deux, qui reste une valeur essentielle.

“Nos croyances se sont déplacées sur la réussite, la jeunesse, la beauté.”

Il y a beaucoup d’amour dans cet album, j’ai été touchée par la chanson “La Vie Dure” qui parle du fait qu’il faut prêter attention à ceux qu’on aime. Est-ce que c’est quelque chose sur lequel tu as dû travailler personnellement ?

Complètement. C’est drôle, j’ai arrangé ce morceau ici, à La Rochelle. On répétait, et il nous fallait un morceau un peu entrainant. J’avais l’impression de ne pas m’adresser directement au public quand je faisais des concerts. [Je voulais] communiquer cette idée que le temps passait, m’accaparait – parce qu’il ne faut pas croire, je travaille très dur, on est sur les routes, je suis constamment éloigné des gens que j’aime, parce que je me sacrifie pour le son, la musique et ce qu’elle peut procurer au public. Je me rendais compte que malgré ce plaisir que j’avais à faire mon travail, je ne donnais pas assez de nouvelles à mes amis et ma famille. Donc, à défaut de pouvoir le faire, j’ai écrit cette chanson hommage [rires].

C’est un album assez sensuel et séducteur, est-ce que toi-même tu l’es ?

Alors je pense que E Volo Love l’était plus, avec des morceaux comme “Les Plus Beaux”, “Muddy Heart” ou encore “Azrou Tune”. S’il l’est, c’est dans le rythme, je pense. Pour ma part, je ne suis pas trop un joueur en amour. J’ai pas le temps d’aller courir les filles, c’est pas un truc qui m’intéresse. Mais en revanche, je préfère davantage les discussions profondes avec les gens de manière générale.

Ces trois premiers albums forment un ensemble, est-ce que tu aimerais le prolonger, ou est-ce que tu aimerais au contraire passer à autre chose ?

J’aimerais mais je ne sais pas trop quoi encore. Je sens qu’il y a une vraie unité avec ces trois albums. Je ne dis pas que je vais changer de musiciens, ou de registre musical, mais je sens que je suis arrivé au bout de quelque chose avec ces trois albums. J’ai envie de faire de la musique encore plus profonde, plus physique. J’ai envie de démesure et de profondeur.

Ecoutez Piano Ombre sur Deezer :

Angus & Julia Stone : “Écrire ensemble a été quelque chose de nouveau pour nous”

 

Angus & Julia Stone
Angus & Julia Stone


Angus & Julia Stone
ont depuis longtemps quitté leur Australie natale pour abreuver le monde de leur pop-folk romantique et rêveuse. Même s’ils avaient promis ne plus enregistrer ensemble, ils viennent de dévoiler leur nouvel album, sobrement éponyme, et déjà porté par les single “Grizzly Bear” et “Heart Beats Slow”.

De passage dans nos locaux pour enregistrer une Deezer Session, Julia a parlé avec nous de ce nouveau disque, inattendu, de la vie sur les routes, et de l’écriture à quatre mains.

Votre précédent album, Down The Way, date de 2010, et vous avez chacun sorti un album solo depuis. Qu’est-ce qui vous a décidé à enregistrer à nouveau ensemble ?

Julia : Je pense que c’est en grande partie le fait que Rick [Rubin, le producteur de leur nouvel album, ndlr] estimait que nous n’avions pas encore enregistré L’album. Angus et moi avions le sentiment d’avoir encore des choses à découvrir ensemble. Nous ne savions pas ce que cela était, ni comment nous pourrions le deviner, mais cela nous a finalement paru comme la bonne chose à tenter.

“Angus et moi avions le sentiment d’avoir encore des choses à découvrir ensemble.” – Julia Stone

Qu’avez-vous appris en jouant en solo ? Est-ce que ça a changé votre manière d’écrire de la musique ensemble ?

Julia : J’ai pris des risques avec ma voix, d’une autre manière que lorsque je chante avec Angus. Nos sets étaient souvent divisés en deux, entre ses chansons et les miennes. Il n’y avait donc pas beaucoup de place à l’expérimentation. Nous choisissions des titres que nous aimions chanter ensemble.

Ecrire ensemble a donc été quelque chose de nouveau pour nous, donc je ne peux pas vraiment dire dans quelle mesure l’évolution de ma voix a pu impacter notre musique. Mais j’imagine que plus ma voix s’ouvrait, plus je me sentais bien dans ma peau et dans ce que je faisais, ce qui m’a permis d’être plus confiante et ouverte aux propositions lors de l’écriture de chansons.

Rick Rubin est le producteur de votre nouvel album. Il a travaillé avec des artistes très éloignés de votre univers (Kanye West, Jay-Z, Eminem, Shakira, etc). Qu’est-ce qui vous a poussé à collaborer avec lui, et dans quelle mesure a-t-il eu une influence sur votre musique ?

Julia : Nous avons eu envie de travailler avec Rick une fois que nous l’avons rencontré. C’est quelqu’un de très spécial, que ce soit dans la manière dont il écoute, ou parle. Il ne parle jamais pour ne rien dire. Je me suis sentie instantanément en confiance avec lui, protégée et à l’aise. Il m’a donné envie de partager ma musique.
Concernant l’impact qu’il a eu sur notre musique, il voulait enregistrer avec nous un album qui soit beaucoup dirigé vers un son “beat and groove”, et il nous l’a fait comprendre dès le début. Quand j’écoute les titres maintenant, je me rends compte à quel point la batterie, la basse et les voix sont les sons les plus dominants.

“Death Defying Acts” et “Heart Beats Slow” ont une ambiance se rapprochant du blues. Explorez-vous au-delà de vos racines folk ?

Julia : Elles sont assez “bluesy”, en effet. La vieille musique blues parvient vraiment à capturer le pouvoir de l’obscurité, et ces chansons portent à mi-voix cette tristesse. Les paroles ne sont aucunement joyeuses. Elles sont pleines d’attente et de questions, mais aussi d’une certaine forme de force.

“[Rick Rubin] voulait enregistrer avec nous un album qui soit beaucoup dirigé vers un son “beat and groove”, et il nous l’a fait comprendre dès le début.” – Julia Stone

Ces paroles sont d’ailleurs très belles ! Elles semblent être des métaphores très personnelles sur le fait d’être fort face à la mort. J’ai vu juste ?

Julia : Oui… “Death Defying Acts”, c’est l’idée de la mort de toute chose – une idée, une croyance, un amour… de l’espoir. Je pense qu’être fort revient à accepter qu’absolument tout a une fin. Il y a de la force à retirer là-dedans. Laisser aller et accepter à quel point on peut souffrir, mais aussi combien cela fait du bien.

Au contraire, “Grizzly Bear” est une chanson très légère, séductrice. Y-a-t-il une vraie romance derrière ?

Julia : C’est une chanson qui vient du coeur d’Angus. Je sais qu’il passait du temps avec son voisin d’à-côté à chanter et boire du thé… et l’idée de cette chanson est venue d’un de ces après-midis passés au soleil ensemble.

Doit-on s’attendre à quelques surprises sur cet album ?

Julia : Rien dans l’album ne me surprend plus maintenant, car je l’ai déjà écouté trop de fois – mais oui, il reste quelques éléments de surprise. Il y a beaucoup plus de guitare électrique, beaucoup plus de chant à l’unisson, et d’une manière plus relax. Je trouve que nos voix se sont beaucoup ouvertes suite à la période où nous avons chanté séparément.

Si votre album était une personne, à quoi ressemblerait-il ?

Julia : Je pense qu’il aurai un look très similaire à moi et Angus. Et qu’il se comporterait sûrement beaucoup comme nous.

Vous avez joué au festival de Beauregard, en Normandie, et aux Nuits de Fourvière, à Lyon, que retenez-vous de ces expériences ?

Julia : Le festival à Lyon a été incroyable. Il a lieu dans un ancien amphithéâtre romain, construit en 15 a. J.C. A part le fait de jouer dans des ruines, à la fin du show, les spectateurs ont lancé en l’air, et sur scène, les coussins qu’on leur donne pour s’assoir. C’est l’une des choses les plus inhabituelles que j’ai pu voir, c’était génial !

Une tournée internationale vous attend. Quelle est la chose la plus étrange qui vous soit arrivés sur la route ?

Julia : Quand j’était petite, j’ai joué dans un film qui s’appelait ‘Sirens’. Ca parle d’un peintre australien appelé Norman Lindsay. Je jouais sa fille. J’avais une soeur dans le film, elle devait avoir 6 ans à l’époque. Nous avons passé 6 mois sur le tournage ensemble, et on avait même des cours ensemble. Nous étions très proches. Une fois le film terminé, je ne l’ai revue qu’à l’occasion de la première. L’autre jour, nous étions au festival de Rock Werchter, en Belgique. C’était un show immense – 10.000 personnes dans une énorme tente. Beaucoup de gens brandissent des pancartes à nos concerts, et j’en ai remarqué un dans le public, disant “Julia, j’ai joué ta soeur dans Sirens”. Ca m’a complètement retournée. Je n’avais pas revu cette fille depuis le tournage du film ! J’adore quand ce genre de chose arrive. Tomber sur quelqu’un dans des lieux inattendus.

Qu’écoutez-vous dans votre tour bus ?

Julia : En ce moment, je lis plus que je n’écoute de musique. Voici deux bons livres que j’ai lu ces six dernières semaines : “Thinking Fast, Thinking Slow” [VF : "Système 1 / Système 2 : les deux vitesses de la pensée", Daniel Kahnemann, Flammarion, 2011], “What We Talk About When We Talk About Love” [Raymond Carver, 1981]. Et voici mes chansons du mois : “Blue Moon” de Beck, “A Case Of You” de James Blake, “Normal Song” de Perfume Genius, et “In The Summertime” de Mungo Jerry.

(Ré)écoutez le nouvel album d’Angus & Julia Stone :

Angus & Julia Stone : découvrez les coulisses de leur Deezer Session

 

Angus & Julia Stone en Deezer Session
Angus & Julia Stone en Deezer Session

Angus & Julia Stone ont – heureusement – brisé leur promesse de ne plus enregistrer ensemble. Ils nous offrent une Deezer Session bouleversante, où ils ont choisi de défendre “Grizzly Bear” et “Heart Beats Slow”, premiers single issus de leur dernier disque éponyme.

Mais ce que l’on retiendra surtout, c’est l’émotion d’Angus sur “Big Jet Plane”. Les yeux embués et la voix tremblante, il montre que ce tube issu de leur deuxième album, Down The Way (2010) a encore de beaux jours devant lui.

Pour immortaliser ce beau moment, nous avons pu compter sur notre as du feutre, Alan Cloiseau :

Dessin d'Angus & Julia Stone pendant leur Deezer Session, par Alan Cloiseau
Dessin d’Angus & Julia Stone pendant leur Deezer Session, par Alan Cloiseau

Après l’enregistrement de leur Deezer Session, Angus et Julia ont bien sûr posé leur marque sur le mur dédié aux artistes, ce que l’on peut apercevoir à la fin de la vidéo.

La signature de Julia Stone après la Deezer Session
La signature de Julia Stone après la Deezer Session

Julia a également répondu à nos questions, permettant d’en savoir plus sur la couleur de ce nouvel album, leurs méthodes de travail, et leur vie sur la route.

Le groupe s’est aussi prêté au jeu du teasing, en tournant ce Vine (même si Julia parle de “Deezer Station” au lieu de “Deezer Session”, on ne lui en veut pas) :

(Ré)écoutez leur nouvel album sur Deezer :