Festival de Beauregard : l’euphorie bucolique

Affiche du festival de Beauregard
Retour sur les deux derniers jours du festival de Beauregard, dont la 6e édition a tenu ses promesses.

  • SAMEDI 5 JUIN : Foster The People et Angus & Julia Stone chassent la pluie

C’est sous un temps capricieux que le festival Beauregard a entamé le troisième, et avant-dernier jour de sa 6e édition, au coeur de la Basse-Normandie.

Après avoir parcouru les champs permettant l’accès au festival, on file sans plus tarder à la Scène B, où se produit Be Quiet. Quintet bordelais atteignant à peine la vingtaine pour la plupart de ses membres, il est déjà prometteur. Enchaînant les titres de leur premier EP, Affliction, ils prouvent que la cold-wave a encore de beaux jours devant elle.

Changement d’ambiance radicale avec les Anglais de We Have Band, et leurs chansons où le beatmaking est roi. À force de pads, lignes de basse et batterie martelée, ils parviennent à faire se dandiner la foule, planquée sous des k-ways ou des parapluies.

Foster The People ramènent eux aussi du soleil, de leur Californie natale cette fois. Avec une belle énergie, le groupe enchaîne les tubes, sans que le chanteur ne se défasse de son sourire ravageur. Entre rock enjoué et psychédélisme joueur, le set passe en un éclair, et transforme les champs en piste de danse. On retient notamment “Miss You” et “Best Friend”.

C’est ensuite au tour d’Angus & Julia Stone de prendre possession de la scène B. Le duo formé par les frères et soeurs Stone tente tant bien que mal d’imposer la douceur de son répertoire à un public légèrement dissipé. Quelques beaux moments sont tout de même à retenir, comme cette version low-tempo de “Big Jet Plane”, mais aussi “Draw Your Swords”, sur laquelle Angus chante avec une intensité touchante.

Julia, elle aussi, arbore en permanence un sourire radieux, échange de nombreuses oeillades complices avec Angus. Quelques instants plus tôt, en conférence de presse, ce dernier confiait d’ailleurs : “Parfois, je suis mis au courant des choses qui lui sont arrivées à travers ses chansons. C’est une merveilleuse façon de communiquer.”

On attend avec impatience leur nouvel album, éponyme, prévu pour le 29 juillet. Ils en offrent un aperçu au public de Beauregard avec la balade folk “Heart Beats Slow”.

Le soir tombe, et encore quelques gouttes d’eau. Mais cela n’empêche pas la foule de se presser sur la scène A, à la nuit tombée, où se produit Portishead. L’une des figures du trip-hop, Portishead est un groupe à voir au moins une fois dans sa vie. Le groupe livre une prestation tout aussi nerveuse que planante, Beth Gibbons restant dans sa réserve bien connue. La foule est plus mature cette fois, mais les plus jeunes semblent captivés par leur univers inquiétant.

De quoi les échauffer avant l’arrivée de FAUVE≠ sur la scène B, en fin de soirée. Il est peu dire que FAUVE≠ est le groupe le plus attendu de la journée, vu le nombre de personnes arborant leur signe barré sur la joue, ou sur un T-shirt. C’est sous une pluie torrentielle que FAUVE≠ entre sur scène, attaquant avec “De Ceux”, sous les clameurs. Le groupe enchaîne ses titres-coups de poing, sa prestation magnifiée par des visuels rêveurs. Dommage que la voix du chanteur soit un peu fatiguée.

En résumé de cette journée du samedi :
– Le rayon de soleil du jour : FTP, WHB
– L’indispensable : Portishead
– Le plus “Fan 2” : FAUVE
– On les a loupés et on le regrette : Vanessa Paradis et Paul Weller

  • DIMANCHE 6 JUIN : Damon Albarn fait de la concurrence à John

Dernier jour pour que l’ami John Beauregard nous en mette plein les oreilles. Pour l’aider dans sa tâche, le temps a enfin décidé d’être clément : adieu averses torrentielles, place à un beau ciel bleu, et des températures presque chaudes.

Un contexte idéal pour accueillir Agnes Obel, en début de soirée. Elle offre douceur et puissance au public massé devant la Scène A, accompagnée d’une violoniste et de deux violoncellistes. Une bonne partie de la foule est même assise dans la paille. Ambiance bucolique, donc.

Mais il n’est pas question de rester vautré dans l’herbe lorsque Breton entre sur la scène B. Le groupe anglais fait forcément bondir la foule au son de son rock électro hurleur et dansant. Un beau moment d’euphorie.

Quelques heures plus tard, on aperçoit d’ailleurs le chanteur de Breton fendre les premiers rangs, suivi d’un petit groupe de groupies saisissant sa chance. Comme des milliers de festivaliers, il se presse pour voir Damon Albarn, l’une des têtes d’affiche de cette 6e édition du festival Beauregard.

S’il fallait résumer la prestation de Damon Albarn en un mot, “claque” serait plus qu’approprié. Avec un entrain continu, l’ex leader de Blur offre une adaptation lumineuse de son album solo, Everyday Robots, sorti quelques mois plus tôt. En showman accompli, il entraîne le public à taper des mains, se jette à la barrière du premier rang, saute, danse, applaudit, chante en équilibre sur le bord de la scène, bref, se donne à 200%.

Le groupe l’accompagnant est formé de musiciens très jeunes, de même que la chorale gospel qui le rejoint sur quelques titres, de quoi ajouter une touche de fraîcheur. On retient “Heavy Seas of Love”, “Lonely Press Play”, et… “Clint Eastwood” ! En effet, Damon Albarn a surpris la foule en reprenant ce titre de son projet Gorillaz. Avec l’hystérie qui en a suivi.

On enchaîne ensuite avec la folk-roots de John Butler Trio, trio australien qui arpente le monde depuis 10 ans. Quand John Butler fait vibrer son banjo avec ses longs ongles, presque des griffes, la foule entre en liesse. Et Beauregard a soudain des airs de grande plaine du Midwest. On retient la fabuleuse “Ocean”, balade acoustique de plus de 10 minutes. John la fait évoluer en permanence, utilisant la guitare aussi bien pour ses cordes que comme une caisse de résonance.

Une fois la nuit bien installée, Pixies prend ses quartiers sur la Scène A. Tout comme avec Blondie et Portishead les jours précédents, Beauregard mise la fin de soirée avec une valeur sûre. Ils ne sont que 4 sur scène, mais font un boucan d’enfer, et les bouchons d’oreilles s’avèrent indispensables. Dans le public, ça pogote, ça slamme, on est secoué par les vibrations de la basse, ressenties jusque dans le sol. Une belle secousse.

En résumé de cette journée du dimanche :
– Le rayon de soleil : Agnès Obel
− L’indispensable : Damon Albarn
− Le plus “Fan 2” : Pixies
− On les a loupés et on le regrette : Yodelice, Sea Sick Steve

À l’année prochaine John, et merci pour tout !

Odezenne en interview : “On vit les étapes comme des kamikazes”

 

ODEZENNE
Quand on arrive au QG de Odezenne, dans le 18e arrondissement de Paris, c’est un peu le foutoir. Des cartons de vinyles – ceux de leur nouvel EP, ‘Rien’ -, rendent le passage difficile, la grande table où travaille la petite équipe déborde d’ordis, paquets de cigarette et tasses de café. Normal : les bureaux ne sont utilisés que depuis 2 semaines, un dégât des eaux ayant retardé leur ouverture.

Les 3 potes formant Odezenne, groupe de rap – et bien plus encore – lauréat du prix Adami Deezer de Talents en 2012, sont eux aussi en retard : bavards en interview, ils ont fini par décaler le calendrier au fil des entretiens, explique leur pote David, une jambe dans le plâtre.
Une demi-heure plus tard, Odezenne est enfin dispo. Chaque membre – Jaco, chanteur, Mattia le compositeur et Alix le chanteur principal – nous claque la bise chaleureusement, propose une bière. L’enthousiasme est palpable : ils ont appris dans la journée que le titre ’Rien‘ va tourner sur France Inter cet été. Leur première diffusion radio depuis leurs débuts, en 2008.

Jaco, dans sa marinière bleue, se précipite sur la pile de vinyles attendant d’être expédiés, s’empare d’un scotch pour coller une photo sur chacun d’eux. Mais ses deux compères l’invitent à les rejoindre sur l’étroit canapé où ils s’entassent pour répondre à nos questions. Nous sommes à deux jours de leur passage sur la scène Ricard Music pour la Fête de la Musique, à Denfert-Rochereau, et le groupe bordelais n’a que ça en tête :

Comment ça va ?

Alix : Très bien !

Comment vous sentez-vous à l’approche du concert pour la Fête de la Musique ?

Alix : J’ai regardé une vidéo hier soir, de l’année dernière. J’ai pris un coup de pression ! 10.000 personnes, c’est quelque chose. On n’a jamais fait de concert devant autant de monde ! A priori, il y aura entre 7 et 10.000 personnes, c’est impressionnant. J’espère que je vais réussir à monter sur scène.
Mattia : Comme à chaque fois, on devrait y arriver.
Jaco : On va y arriver mais on va bien flipper.
Alix : J’aimerais qu’on fasse un beau concert.

Vous faites quoi pour vous rassurer avant un gros concert ?

Alix : On a tout un protocole. On se tape sur les épaules et on frotte le long des bras, de dos. On se prend dans les bras, on se tape dans les mains 15 fois..
Jaco : On dit des textes très précis.
Alix : On a un vrai cérémonial qui dure un peu plus de 15 minutes. Il y a du whisky toutes les 3 minutes. Mine de rien, c’est devenu un genre de rituel, qui te permet d’atteindre une certaine concentration. Ca permet de te rappeler que tu es sur scène dans 10 minutes. Si je ne fais pas ça, j’ai l’impression d’être jeté devant les gens. Il faut un moment de dépressurisation.

D’autant plus que la scène est très importante pour vous, c’est elle qui vous a propulsés à vos débuts. Comment définiriez-vous la scène en un mot ?

Jaco : C’est sauvage.
Mattia : J’aime vivre les morceaux de manière forte. Je suis rarement là pendant les concerts, parce que ça me permet de me perdre dans la musique que l’on fait. C’est rare, les occasions de se perdre dans notre musique, sauf quand on la joue.

“Il y a des moments où tu déconnectes totalement. Il n’y a que la scène qui produise cela.” – Mattia
Les black-outs, ça vous arrive ?

Alix : Quand ça se passe vraiment bien, c’est toujours très rapide. De là à dire que c’est un black-out, non, mais tu ne peux pas te refaire tout le concert à l’envers. Il reste des images, comme d’un rêve.
Mattia : Je peux avoir des prises de conscience qui me font dire que je n’étais plus vraiment là. Parfois, quand un morceau va partir vachement fort, je ne suis plus là pendant 15 secondes. Il y a des moments où tu déconnectes totalement. Il n’y a que la scène qui produise cela.

Qu’est-ce que ça représente pour vous, la Fête de la Musique ?

Alix : Ca représente surtout des souvenirs de moi allant dans la rue pour écouter des groupes. On a la chance de jouer sur cette scène-là, ça risque de changer la donne, créer un souvenir hors-norme. Jusqu’à présent, c’était une journée où on ne voulait pas faire de concert, mais faire le pont. C’est un peu comme la fête du travail pour un chômeur.
Mattia : J’aime bien le côté où tu peux aller faire chier tout le monde avec ta musique, aussi pourrie soit-elle, jusqu’à minuit. T’es dans ta chambre, tu fais des trucs nazes, tu ne peux pas jouer trop fort. Et là tu vas dans la rue, et tu te prends pour une rock star. Je ne pense pas qu’il y aie beaucoup d’endroits où tu as légalement le droit de le faire, si ce n’est ce jour-là.
Alix : Il y aussi des concerts de ouf !
Mattia : Oui, mais moi je pense surtout aux groupes pourris.
Alix : J’ai déjà découvert des gens qui jouaient vachement bien.
Jaco : J’ai des souvenirs de la Fête de la Musique à Paris où tu prends une bouteille de whisky et tu traces partout, parfois tu as des trucs pourris, des évangélistes, des ukulélés. C’est le désordre.
Mattia : C’est une sorte de technival, c’est no-limit. Chacun fait ce qu’il veut, où il veut.

J’ai écouté votre appel du 18 juin, où vous parlez du rôle d’Internet et de l’industrie musicale. Pouvez-vous me résumer votre opinion sur ces 2 sujets ?

Alix : Pour la forme, il s’agit du discours de De Gaulle, dans lequel on a remplacé certains mots. Juste en faisant, ça a donné ce discours, donc parfois ça dépasse un peu notre pensée. Mais dans le fond, on est d’accord avec cette idée qu’Internet change la donne de manière folle. A tous les niveaux : production, diffusion, promotion, accessibilité. C’est un lien direct avec notre public.
Jaco : C’est une nouvelle façon d’écouter de la musique.
Alix : Quand on l’a lancé pour la première fois, en 2010, avant la sortie de notre deuxième album, on avait dû faire écouter des maquettes à droite et à gauche, mais on n’a jamais eu de réponses. Du coup, on avait besoin de se remotiver en se disant que ce lien, on l’avait, avec Myspace, Facebook. On avait déjà fait des concerts, gagné quelques tremplins, mais on n’avait aucun soutien de l’industrie musicale. Et peut-être que ce n’était pas le moment, mais du coup, on était un peu dans cette presque colère, ce sentiment d’injustice.

Vous passez des concerts organisés via Facebook – « Odezenne à la demande – à l’Olympia en mars 2015 !

Alix : C’est notre côté américain ! ‘Everything is possible !’ [rires]
Jaco : ‘Unbelievable !’
Alix : ‘ I believe I can fly’ ! De plus en plus de gens nous suivent. Et puis, on n’est pas très patient. On a commencé la musique après 25 ans, donc on a moins de temps que ceux qui commencent à 14 ans. A un moment, il faut y aller. On vit les étapes comme des kamikazes.

“On se laisse vite glisser. La musique est un job à plein temps.”- Alix
Est-ce que vous avez laissé tomber des choses pour Odezenne ?

Mattia : Tout.
Alix : Des relations amicales qui se sont stoppées à cause d’Odezenne, qui prend de la place. Tu ne réponds pas au téléphone parce que tu es en concert, parce que tu es allé chercher des CDs aux distributeurs… Au bout d’un moment, tu te rends compte que ça fait 6 mois que tu n’as plus appelé personne…et que c’est pour ça que plus personne ne t’appelle. Il y a un peu d’isolement, si tu ne fais pas attention. On se laisse vite glisser. Travailler dans la musique est un job à plein temps.
Mattia : On ne déconnecte jamais.
Alix : Quand tu rentres chez toi, après 3 concerts, t’as pas envie d’aller en boîte le week-end.
Jaco : Tu veux rester dans ton pieu.

Vous avez enregistré votre nouvel EP à Berlin : qu’est-ce que vous y êtes allés chercher ?

Mattia : Du neuf.
Alix : Des repères.
Mattia : On s’est toujours enfermés pour composer, et au bout d’un moment, on s’est rendu compte qu’on avait sucé tout le sang de Bordeaux, des environs, des maisons parentales, des amis, de la cave où on répète. Alix a suggéré que l’on parte. Berlin et Prague étaient les finalistes, on a choisi Berlin.
Jaco : On a passé 3 semaines à bouffer des crêpes et du pain perdu. On a fait un record, un soir, à trois : à peu près 27.000 calories.
Mattia : On avait pris la décision de vivre d’autres choses pour avoir de nouvelles choses à raconter.
Jaco : Si tu veux faire un nouvel album, il faut découvrir de nouvelles choses. En restant chez toi, c’est un peu compliqué.

“‘Rien’est un peu le premier titre d’Odezenne. C’est ce qu’on veut faire en terme de musique. On a touché quelque chose avec ce morceau.” – Alix
Cet EP s’appelle ‘Rien’, pourtant il s’y passe plein de choses ! Pourquoi ce titre ?

Alix : C’est le titre que l’on voulait mettre en avant. C’est un peu le premier titre d’Odezenne. C’est ce qu’on veut faire, en terme de musique. On a touché quelque chose avec ce morceau. On est vraiment là où on est content d’être. Et puis, cet EP est très féminin, la femme joue un rôle central dans 3 titres – ‘Je Veux Te Baiser’, ‘Rien’, ‘Dieu Etait Grand’. Les histoires d’amour sont éphémères, c’est peut-être une provocation de dire qu’il n’en reste rien. C’est pour cela qu’on scotche des photos à la main [sur les vinyles], parce qu’elle ont vocation à se décoller, à ne pas durer. C’est presque un concept.

ODEZENNE

Le single ‘Je Veux Te Baiser’ marche très bien sur Internet. Est-ce que vous vous y attendiez ?

Alix : Non, c’est super !
Jaco : Pas autant.
Alix : La première fois qu’on l’a joué à Nova, ils nous ont dit que tout le monde en parlait sur Twitter. Comme si d’un seul coup, tout le monde s’était mis à baiser dans la rue ! C’est super qu’il y aie ce bouche-à-oreille ! Tout le monde le chante en concert, comme un défouloir, c‘est vachement agréable de voir tout le monde sauter partout, chanter en chœur. Ca prend tout son sens. Quand on l’introduit, on dit que c’est un remède à la crise, une chanson d’amour. Un cri de joie.

Est-ce qu’on peut expliquer ce succès par le fait que vous avez posé des mots très simples sur un sentiment que tout le monde peut avoir ?

Mattia : C’est un peu ça. Pour moi, ça veut dire ‘Je t’aime et j’ai envie de faire l’amour avec toi’, de manière un peu coquine. Parce que tu as envie de faire sourire ton ou ta partenaire.
Jaco : Les couples, entre eux, faut pas se voiler la face, ils font l’amour, ils disent ‘on baise ?’ Et c’est pas mal, à ce qu’il paraît.

D’avoir des rapports assez crus ?

Jaco : D’avoir des rapports tout courts [rires]. Mais c’est pas cru. ‘Je vais t’éclater la chatte’, c’est cru. ‘Je veux te baiser’, c’est pas cru. Lis Rabelais, ça, c’est cru.

Le reste de l’EP est assez sombre, avec l’idée de chercher sa voie, un sens. C’est une question qui vous habite ?

Alix : Elle habite beaucoup d’êtres humains. Après, il peut paraître sombre sur certaines choses, mais je trouve qu’il est aussi plein d’espoir. Il parle pas mal des générations futures. ‘Dieu Etait Grand’, le dernier morceau, finit quand même sur 2 minutes de samba ! Tu as plutôt envie de relever le torse et de dire ‘C’est cool, j’y vais’. C’est quand même ça qu’on veut impulser, plus qu’autre chose. Mais on n’a pas peur d’aborder des questions existentielles, qui sont forcément angoissantes. Mais pas que. Il y a aussi plein de sourires.

“Il y a une sorte de pudeur dans ce qu’on fait. On n’est pas des donneurs de leçons, plutôt des poseurs de constatations.” – Mattia
Ce qui vous intéresse le plus, c’est l’intime ?

Alix : Oui, à mort.
Mattia : Et chercher cette ambiguïté dans les choses. On n’est pas trop dans la plainte. On a réussi petit à petit à mettre une forme de distance dans les propos. Parce qu’il y a une sorte de pudeur dans ce que l’on fait. On n’est pas des donneurs de leçons, on est plutôt des poseurs de constatations.

Il y a une évolution nette entre cet EP et ce que vous avez fait auparavant. Ca s’est fait naturellement ?

Mattia : Il n’y avait pas d’objectif. On s’était juste dit qu’on allait enlever les samples, qui prenaient pas mal de place, sans tomber non plus dans une configuration de groupe simple guitare-basse-clavier. J’ai fait vachement de recherches sur les sonorités, les synthés, on a acheté des vieilles machines. Tu peux avoir toute la richesse sonore que tu veux : comme des cœurs de vieilles dames..
Jaco : Des cœurs de vieilles dames ?
Alix : Où est-ce que tu trouves des cœurs de vieilles dames ?
Mattia : A la boucherie ![rires]
Jaco : On voulait faire sonner le français, aussi.
Mattia : J’avais cette vision de faire des morceaux assez sérieux, assez agréables à écouter, en changeant un peu le discours. Je trouve que c’est vraiment ça qui a changé. C’est plus du tout à prendre de la même manière. On peut l’écouter dans plus de configurations différentes, et de manière un peu plus légère. On s’est pris plus la tête pour faire un truc plus personnel. Quand j’entends Vincil, Flying Lotus, on pouvait en être proche dans certains morceaux, mais on est venu à autre chose. C’est là qu’est la différence entre la musique et le son.

Concernant les réseaux sociaux, vous les utilisez beaucoup. Vous dites dans la chanson ‘Novembre’ : « On s’aime, on vit, à travers nos écrans” , qu’est-ce que vous voulez dire par-là ?

Jaco : C’est notre côté Chatroulette.
Alix : Tu l’as vu le film ‘Her’ [de Spike Jonze, sorti en 2014, ndlr] ? Il m’a vraiment touché, parce que j’ai l’impression qu’on en est vraiment pas loin. Avec tous les couples qui se forment sur Internet, tu as l’impression que les gens s’y lâchent plus que dans la vie réelle. Ils sont en sécurité dans leur chambre et se tapent des trips. C’est assez symptomatique de notre époque. Même à 12.000 bornes, tu peux te taper une nuit de folie avec une hongkongaise.

Vous draguez sur Internet ?

Alix : Non, je suis avec une nana depuis longtemps. Et puis, t’imagines un mec d’Odezenne sur Tinder ? Ca finit sur Twitter l’heure d’après ! Et si je fais ça, c’est 2 claques dans la tête direct par ma copine.

Pourquoi êtes-vous beaucoup présents sur les réseaux sociaux ?

Alix : Parce que c’est ce qu’on a à porté de main, gratuitement, et nos fans aussi. Comme on n’était pas joués en radio, c’est la seule chose qu’on a. De gros partenaires nous font parfois de la visibilité, comme ça a été le cas de Deezer. En 2009, c’était totalement inattendu que l’on se retrouve en home-page de Deezer pendant 15 jours. Grâce à ça, on a pu aller sur les routes de France pendant un an, et il y avait toujours un mec pour nous dire ‘Je vous ai découverts sur Deezer’. Là, tu sens que tu n’es pas tout seul.
On a annoncé l’Olympia sur Facebook, parce qu’on n’a pas d’argent pour payer des pubs dans des magazines, on ne passe pas à la télé. C’est plus une conséquence qu’un choix.

Passons aux questions des internautes. L’un d’eux veut savoir : si vous étiez un animal, lequel seriez-vous ?

Alix : Un puma.
Jaco : Un chien.
Mattia : Une hyène.

Pourquoi ?

Mattia : Parce que je suis quelqu’un de très présentable, mais je peux aussi basculer du mauvais côté. On m’appelle ‘Gremlins’, d’ailleurs.

Quelqu’un demandait si les chimpanzés blonds existent ? [Figure tirée de leur titre ‘Chimpanzé’]

Jaco : Oh oui, ils sont partout. Le chimpanzé, c’est quelqu’un qui copie quelque chose. Blond, ça renvoie à l’idée de bruns qui se teignent en blonds. Ces gens qui se copient entre eux.

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Une nouvelle appli au son inégalé

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Oxmo Puccino : “Seul le travail paie, de préférence le travail fait avec amour”

Oxmo Puccino
Entre deux répétitions pour son concert dans les jardins du Palais-Royal, à Paris, dans le cadre de la Fête de la Musique, ce samedi, Oxmo Puccino a pris le temps de répondre à nos questions.
Rappeur, conteur, acteur, auteur, l’artiste multiplie les casquettes, en ogre de travail jamais rassasié, éternel curieux. Tour d’horizon des 1001 vies de cette figure majeure de la scène musicale française, trop grand pour les étiquettes toutes faites :

Comment vas-tu ?
Très bien et vous ?

Tu te produis au Palais Royal pour la Fête de la Musique ce samedi, qu’est-ce cette journée représente pour toi ?
Cette année c’est surtout l’occasion de retrouver les copains et de faire une grande fête à Paris 1an après le Zenith. La tournée s’est terminée en décembre quand l’invitation nous a été faite, j’ai surtout pensé au plaisir de retrouver mon équipe, à la chance de jouer dans un tel endroit et à l’occasion qui m’était donnée d’offrir un concert gratuit à mon public.

Sur ton dernier album (Roi sans carrosse, 2012), tu disais que le métier d’artiste est à la fois facile et difficile. Ta vision sur ce sujet a-t-elle changé au fil du temps ?
Disons qu’elle a évolué. Au départ, je ne me considérais pas comme tel, je ne pensais même pas faire un album, une carrière. C’était notre quotidien, notre vie. Et puis les choses commencent à devenir sérieuses alors il faut travailler, travailler, lire,écrire, lire et encore écrire, écouter de la musique, s’intéresser à la composition, aux autres formes d’art. Des gens talentueux j’en ai connu beaucoup mais le talent ne suffit pas, il faut l’entretenir, le développer, le travailler. Quand je vois Vincent Segal, après plus de 30ans de pratique de son violoncelle continuer de jouer des heures et des heures chaque jour, répéter ses gammes, travailler encore et encore. Être artiste c’est ça aussi, la passion, la curiosité, l’écoute, le travail, l’audace.

Ton style musical ne cesse d’évoluer, et ce, depuis tes débuts. Doit-on te présenter autrement que comme un rappeur ?
L’étiquette c’est l’autre qui vous la met. Je ne me pose pas la question. Je suis né avec le rap. J’ai grandi avec. C’est une culture qui nous a frappé dans les années 80, C’est le moyen d’expression que j’ai trouvée. Je suis fier d’être un rappeur et fier d’être devenu un artiste, grâce à celles et ceux qui m’entourent et m’accompagnent, grâce à mon public qui me comprend et qui me suis. Appelez-moi comme vous voulez.

Y-a-t-il un thème dans l’actualité récente que tu souhaiterais adapter en chanson ?
J’évite d’être trop dans l’actualité car souvent ce sont des chansons qui vieillissent mal. Elles font sens au moment mais qu’en est-il lorsqu’on les réécoute 10 ans plus tard ?

À Paris, on retrouve un peu partout et depuis un peu plus d’un an, un tag “L’Amour Est Mort”, qui est le titre de ton deuxième album, et une référence à une chanson de Brel. Qu’est-ce que ça te fait ? Tu es déjà tombé sur l’un d’entre eux ?
Oui bien sûr que je l’ai vu. Ça m’amuse et ça m’honore quelque part.

D’ailleurs, est-ce que cela te fatigue que l’on te compare à Brel ?
Ce n’est pas la comparaison qui me fatigue. Être comparé à un si grand artiste est un honneur. Ce qui parfois m’agace c’est lorsque cela sort de la bouche de gens qui ne connaissent ni mon travail, ni le sien.

“J’ai besoin d’explorer de nouvelles disciplines pour continuer mon apprentissage”

Plus le temps passe, plus tu diversifies tes activités, en montant sur scène en tant qu’acteur, en publiant des livres, en réalisant ton premier court-métrage. Pourquoi ?
Parce que je suis curieux. Parce que j’ai besoin d’explorer de nouvelles disciplines pour continuer mon apprentissage. Aller vers l’inconnu c’est se donner l’occasion de se surprendre. Mon métier premier c’est d’écrire des chansons mais j’ai toujours eu envie d’écrire des livres, d’écrire pour le cinéma. Après il faut du temps, être prêt, avoir des choses à raconter, développer un point de vue. Je prends mon temps ne serait-ce que par respect pour les auteurs de poésie ou de littérature que j’admire ou pour ces grands scénaristes dont je connais la complexité de leur travail. Autant que j’aime lire des romans, des nouvelles, des poèmes, des essais, des notices, j’aime l’écriture sous toutes ces formes

Tu travailles sur une version d’Alice au pays des merveilles avec Ibrahim Maalouf. Comment s’est développé ce projet ? Où en est-il en actuellement ?
En 2011, le festival d’Ile de France a sollicité Ibrahim Maalouf pour un projet musical autour du conte. Ibrahim m’a proposé de travaillé avec lui sur Alice aux Pays des Merveilles. Pour sa part il a écrit et composé 12 thèmes musicaux, de mon côté j’ai réécrit 12 chansons inspirées d’Alice. Il y avait avec nous 130 choristes, 25 musiciens, aussi bien professionnels qu’issus des musiques amateurs. Cela a donné lieu à un grand concert à l’académie Fratellini. Un souvenir fantastique. Du coup on a décidé avec mon camarade d’enregistrer l’album qui sortira à l’automne et qui donnera lieu à 4 représentations à la Cité de la Musique en février. C’est une œuvre hybride, sorte d’opéra moderne et multiculturel qui ne ressemble à rien d’autre.

“Derrière chacun de mes flowers, il y a une histoire, un talent, un souvenir que nous avons partagé et d’autres que nous allons être amenés à vivre.”

Tu utilises beaucoup les réseaux sociaux, pourquoi ?
J’ai un rapport très particulier avec l’informatique, internet et les réseaux sociaux. Pour un artiste c’est une occasion fantastique de renforcer le lien avec mes flowers, de faire des rencontres, des découvertes, de les remercier. Si je suis encore là 20 ans après c’est grâce à eux. Alors j’en profite pour m’adresser à eux directement, parfois offrir une chanson, partager une humeur, les convier à un événement ou parfois faire des découvertes.
Deux exemples qui me viennent, grâce à ce lien là, j’ai rencontré une photographe (Lydie / Sweet Moments) via instagram, elle est venue faire des photos sur un de mes concerts, ou encore j’ai découvert un artiste qui avait dessiné sa vision de roi sans carrosse, du coup je lui ai demandé de dessiner sa vision de tous les albums et on va collaborer ensemble autour d’une série d’affiches en édition limité. Derrière chacun de mes flowers [followers, aka abonnés Twitter], il y a une histoire, un talent, un souvenir que nous avons partagé et d’autres que nous allons être amenés à vivre.
Tu as même consacré un livre à tes tweets, 140 Piles (Au Diable Vauvert, 2014), sorti récemment. Comment est venue l’idée de ce livre ?
Cela faisait deux ans que j’en avais envie. Je pensais à tous ceux qui n’étaient pas sur twitter, je pensais à tous ces mots jetés au vent dans l’espace virtuel, je voulais les fixer sur papier pour leur donner une part d’éternité.

“J’ai allégé mon écriture [...] Je travaille plus désormais sur l’effet, la portée immédiate.”

140 caractères, ce n’est pas un peu court pour toi, dont les textes sont très fournis ?
Au fur et à mesure, j’ai allégé mon écriture, enlevé des mots, raccourci les couplets. Je travaille plus désormais sur l’effet, la portée immédiate. Et puis lorsque vous faîtes des concerts en série, vous commencez à écrire en pensant au live, au rythme effréné, vous travaillez pour qu’il n’y ai pas de mots superflus, vous taillez le verbe pour lui donner sa forme la plus belle. Et puis j’aime beaucoup les formes courtes, celles qui consistent à exprimer en peu de mots une idée, une émotion, je pense aux aphorismes, aux proverbes, aux Haiku.

Quel est le tweet dont tu es le plus fier ?
Ce n’est spécialement celui dont je suis le plus fier mais c’est une bonne définition :
Mes lettres rechargent les téléphones sans fil, car mon tweet cumule 140 caractères piles…

Le tweet que tu regrettes ?
Je n’en regrette aucun. Certains peuvent être plus anecdotiques mais ils sont le reflet d’une réflexion, d’une émotion à un instant précis.
Internet a l’air d’être un sujet qui te passionne : tu as même tenu ton premier rôle au théâtre dans un opéra consacré à Steve Jobs. En tant qu’artiste, mais peut-être aussi citoyen, comment vois-tu Internet ?
Vaste sujet. Nous avons à portée de doigts un outil fantastique, une fenêtre vers tout un tas d’information. Le tout est de savoir s’en servir.

“Je regrette de ne pas avoir le temps de pouvoir écouter plus de musique.”

Pour revenir à la musique, tu soutiens Stromae, tu as fait un duo avec MAI LAN- pour ne citer qu’eux – quel regard portes-tu sur la nouvelle génération de chanteurs dont ils font partie ?
Je regrette de ne pas avoir le temps de pouvoir écouter plus de musique. Ce qui me plaît aujourd’hui c’est que l’on a affaire à des artistes décomplexés, qui cassent les barrières, mélangent leurs influences. Le niveau global des jeunes musiciens est devenu très bon mais aucun d’entre eux ne doit oublier que seul le travail paie, de préférence le travail fait avec amour. En l’occurrence c’est le cas de Stromae et MAI LAN.

Quelles sont tes récentes découvertes musicales ?
Il y a un auteur / compositeur dont vous entendrez bientôt parler qui s’appelle Paul Ecole que j’aime beaucoup car lui fait vivre la langue française avec beaucoup de sensibilité, de poèsie
Dans un autre registre j’aime beaucoup Redouanne Harjane,
Même s’il est plutôt sombre, j’aime beaucoup le premier album de Damon Albarn, la qualité musicale, la production.
Et puis il y a tous ces jeunes qui poussent les murs, qui travaillent dur, je pense à Nemir dont j’attends l’album avec impatience, Phases Cachées qui ont compris qu’un artiste n’était rien sans la scène, Chance the Rapper pour l’esprit général, Liane la Havas, Sarh..bref beaucoup de raisons de se faire du bien.

Quel est l’album qui te ressemble le plus (l’un des tiens, ou autre) ?
Il faudrait, je crois, faire une compil pour cela !!

Quelle est la question que tu rêves que l’on te pose ?
La prochaine !

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Morgane Giuliani

Résumé détaillé de notre récente période d’indisponibilité

Le samedi 7 juin 2014, à partir de 16h GMT, notre service a été indisponible pendant plusieurs heures suite à une attaque DDoS. Nous tenons à vous expliquer ce qui s’est passé et comment nous avons résolu le problème. Sachez tout d’abord que vos informations personnelles étaient, et resteront toujours, en sécurité. De plus, l’attaque DDoS ne visait pas les données des utilisateurs mais uniquement la disponibilité du service.

L’attaque qui a touché Deezer sur toutes ses plateformes était une attaque par déni de service (DDoS), qui a pour but de rendre les ressources d’un périphérique ou d’un réseau indisponibles pour ses utilisateurs via une surcharge des serveurs. La première attaque mineure a été localisée dans la matinée de vendredi mais n’a pas eu d’impact sur le service. Le samedi 7 juin à 16h, une attaque à grande échelle via un botnet (un groupe d’ordinateurs infectés contrôlés par le hacker) a rendu notre service indisponible pendant plusieurs heures.

Après avoir pris conscience de l’ampleur du problème, nous avons commencé à mener l’enquête. Dix collaborateurs travaillant d’arrache-pied et un cocktail d’adrénaline et de pizzas plus tard, le service était de retour. La méthode de l’attaque a été rapidement identifiée et nous avons pris des mesures pour minimiser l’impact sur notre service. Nous avons souvent dû adapter nos solutions aux différentes méthodes d’attaques. De nouvelles mesures de protection (tels que des filtres pour distinguer le trafic normal du flooding généré par l’attaque) ont été installées par nos équipes, et les attaques ont finalement stoppé autour de minuit GMT.

Le service Deezer est de nouveau opérationnel, malgré de nouvelles tentatives d’attaques DDoS dans la nuit de samedi et dans la journée de dimanche.

Nous tenons vivement à nous excuser encore une fois pour la gêne occasionnée. Nous continuons à mener l’enquête et travaillons pour mieux faire face à ce type d’attaques dans le futur, en renforçant nos serveurs et systèmes de sécurité.

Pour finir, nous tenons à vous remercier pour votre patience, vos messages de soutien et tweets d’encouragement.

Daniel Marhely
Fondateur Deezer